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50 000 ans de végétation arctique, ou quand les mammouths préféraient le trèfle aux graminées

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Les mammouths et autres rhinocéros laineux de la période pré-glaciaire, entre 50 000 et 25 000 ans, n’abusaient pas des plantes graminées. Les résultats des analyses réalisées sur de nombreuses carottes, auxquelles ont notamment participé des chercheurs du Laboratoire d’écologie alpine – LECA (CNRS/Université Joseph Fourier/Université de Savoie), montrent que la végétation arctique comportait un grand nombre de plantes herbacées non graminoïdes, dont la grande faune faisait son festin. Les graminées ont en revanche pris le dessus après la glaciation, il y 10 à 5000 ans.

 

Duvanny Yar, dans le nord-est de la Sibérie. La plupart des échantillons de pergelisols
analysés pour reconstituer les flores anciennes ont été collectés sur les berges
des rivières arctiques. (© Mary Edwards)

La steppe à mammouths, comme on a coutume d’appeler la steppe arctique où paissaient les grands mammifères, n’était pas une steppe à graminées (céréales, plantes fourragères…). C’est le résultat plutôt inattendu de l’étude publiée dans Nature par une équipe internationale de chercheurs. « Pour le savoir, 240 carottages ont été effectués dans le pergélisol – le sol toujours gelé – des régions arctiques. Le séquençage très haut débit de l’ADN environnemental extrait de ces échantillons a permis de reconstituer la composition de la végétation arctique durant les trois périodes, pré-glaciaire (entre 50 000 et 25 000 ans), glaciaire (entre 25 0000 et 15 000), et post glaciaire (de 15 000 à nos jours)  » explique Pierre Taberlet, chercheur CNRS au Laboratoire d’écologie alpine et spécialiste de l’ADN environnemental.

« On note une grande diversité végétale avant la glaciation, avec un mélange de plantes herbacées de type pissenlit, myosotis ou trèfle, et de graminées. La période post-glaciaire, qui correspond à la disparition des mammouths, se caractérise par une recrudescence des graminées », poursuit le biologiste. Des résultats confirmés par l’analyse des contenus stomacaux de 8 grands mammifères d’avant la dernière glaciation. Pour les scientifiques, l’azote contenu dans les déjections de la grande faune pourrait avoir favorisé les herbacés non graminoïdes au détriment des graminées. « La question que l’on se pose, c’est : est-ce la disparition de la grande faune qui a provoqué le basculement de la végétation arctique vers le « tout graminées » ou le changement des conditions climatiques ?  », indique Pierre Taberlet.
 

 Référence

"Fifty thousand years of Arctic vegetation and megafaunal diet", Eske Willerslev, John Davison, Mari Moora, Martin Zobel, Eric Coissac, Mary E. Edwards, Eline D. Lorenzen, Mette Vestergard, Galina Gussarova, James Haile, Joseph Craine, Ludovic Gielly, Sanne Boessenkool, Laura S. Epp, Peter B. Pearman, Rachid Cheddadi, David Murray, Kari Anne Brathen, Nigel Yoccoz, Heather Binney, Corinne Cruaud, Patrick Wincker, Tomasz Goslar, Inger Greve Alsos, Eva Bellemain, Anne Krag Brysting, Reidar Elven, Jørn Henrik Sønstebø, Julian Murton, Andrei Sher, Morten Rasmussen, Regin Rønn, Tobias Mourier, Alan Cooper, Jeremy Austin, Per Moller, Duane Froese, Grant Zazula, Francois Pompanon, Delphine Rioux, Vincent Niderkorn, Alexei Tikhonov, Grigoriy Savvinov, Richard G. Roberts, Ross D. E. MacPhee, M. Thomas P. Gilbert, Kurt H. Kjær, Ludovic Orlando, Christian Brochmann et Pierre Taberlet, Nature, 2014.
 

Contacts chercheurs

Pierre Taberlet
Laboratoire d’écologie alpine (LECA) - CNRS/Université Joseph Fourier/Université de Savoie
Tél. : 05 61 55 85 45
Mél. : pierre.taberlet@ujf-grenoble.fr
 

Contact communication

Sebastien Lavergne
Laboratoire d’écologie alpine (LECA) - CNRS/Université Joseph Fourier/Université de Savoie
Tél. : 04 76 51 42 78
Mél. : sebastien.lavergne@ujf-grenoble.fr