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Bar et loup : deux espèces en une

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Le bar (Dicentrarchus labrax), issu de la pêche ou de la pisciculture, est l’un des poissons les plus consommés en France. Jusqu’ici les biologistes savaient que cette « espèce » était constituée de deux populations : le « bar » vivant dans l’Atlantique nord-est et le « loup » de Méditerranée. Un consortium international comprenant six chercheurs de l’Institut de sciences de l’évolution de Montpellier, vient de démontrer que cette double dénomination reflète également une dualité génomique. Le bar et loup ne constituent pas une seule et même espèce mais pas non plus deux espèces entièrement différentes. Publié le 23 décembre dans la revue Nature Communications, ce résultat est crucial pour la recherche fondamentale sur les mécanismes de formation des espèces. Il est aussi très important pour les programmes de domestication et d’amélioration génétique du bar/loup.



Dicentrachus labrax - © Pierre-Alexandre Gagnaire



« Nos données montrent que si le bar et le loup sont capables de s’hybrider dans les bassins d’élevage et à l’est du détroit de Gibraltar dans les conditions naturelles, ils maintiennent cependant leur identité propre, du fait de leurs génomes partiellement incompatibles », précise le biologiste François Bonhomme.

Sur la base du génome complet de D. labrax établi par le consortium, l’équipe montpelliéraine a étudié les divergences entre les ADN de 50 bars et 50 loups, sur près de 180 000 points répartis le long de leurs 24 chromosomes.

Avec surprise, les biologistes ont observé une alternance de zones du génome quasiment identiques entre les deux types de poissons et de zones au contraire très différenciées. « Appelées ‘îlots génomiques de différenciation’ - ou de spéciation’ -, ces dernières zones représentent environ un tiers du génome. Elles renferment un grand nombre de gènes dont les combinaisons se formant lors de la reproduction entre bar et loup sont incompatibles car moins fonctionnelles et par conséquent, éliminées par la sélection naturelle. Par contre, les gènes situés en dehors de ces zones circulent, eux, librement entre les deux populations de poissons », explique François Bonhomme.

Ces résultats indiquent que le bar et le loup sont trop éloignés génétiquement pour ne former qu’une seule espèce. En revanche, ils ne le sont pas assez pour en former deux ; ce sont deux « semi-espèces ».

Par une analyse statistique poussée, l’équipe a pu montrer que cette situation découlerait d’un isolement des deux populations ayant débuté il y a environ 300 000 ans lors d’un épisode de refroidissement de la Méditerranée occidentale. Bar et Loup se sont retrouvés de nouveau en contact il y a 12 000 ans, quand La Méditerranée s’est de nouveau réchauffée.

 

 Référence

"European sea bass genome and its variation provide insights into adaptation to euryhalinity and speciation", Mbaye Tine, Heiner Kuhl, Pierre-Alexandre Gagnaire, Bruno Louro, Erick Desmarais, Rute S.T. Martins, Jochen Hecht, Florian Knaust, Khalid Belkhir, Sven Klages, Roland Dieterich, Kurt Stueber, Francesc Piferrer, Bruno Guinand, Nicolas Bierne, Filip A.M. Volckaert, Luca Bargelloni, Deborah M. Power, Francois Bonhomme, Adelino V.M. Canario & Richard Reinhardt, Nature Communications, décembre 2014.
 

Contact chercheur

Francois Bonhomme
Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM) – CNRS / Université Montpellier 2 / IRD
Tél. : 04 67 14 38 87
Email : francois.bonhomme@univ-montp2.fr


Contacts communications

Valérie Durand
Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM) – CNRS / Université Montpellier 2 / IRD
Tél. : 04 67 14 46 15
Email : valerie.durand@univ-montp2.fr