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Chez Homo Sapiens, les dents ne sont pas des indics fiables

par Frédéric Magné - publié le

Lorsque des anthropologues exhument un fossile de Primates, ils peuvent d’ordinaire compter sur les dents de l’individu pour connaître son âge et les grandes étapes de sa vie. Seulement voilà, chez Homo sapiens – communément appelé Homme moderne –, les choses ne seraient pas si simples. Fernando Ramirez Rozzi du laboratoire Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (AMIS – CNRS/Univ. Paris V/Univ. Toulouse III Paul Sabatier) vient en effet de démontrer que si le cycle de vie reste stable au sein de notre espèce, il n’en est pas de même pour la croissance des dents. Une plasticité, unique chez les primates, qui pourrait d’ailleurs expliquer les grandes capacités adaptatives de notre espèce. Ces résultats, publiés dans la revue Scientific Reports, ont été obtenus grâce au suivi d’une population de Pygmées Baka vivant au Cameroun.

Campement Baka. Toute étude longitudinale ou semi-longitudinale requiert le suivi des individus pendant des années ; semi-nomades, le suivi des Pygmées Baka demande des déplacements à l’intérieure de la forêt.
© Fernando Ramirez Rozzi

 
Les dents fossiles sont de précieux indics pour les anthropologues. Elles leur permettent de connaître l’âge de l’individu exhumé mais aussi d’obtenir de nombreuses informations sur le cycle de vie de l’espèce comme l’âge du sevrage, l’âge des premières règles, l’âge de la première maternité ou encore l’intervalle entre les naissances. Pour les Primates, les chercheurs ont en effet remarqué que la formation dentaire était très stable entre les populations, autrement dit que les dents apparaissaient au même âge au sein d’une même espèce. « Cela fait des années, depuis 1985 environ, que l’on aborde l’étude des Hominidés fossiles avec cette idée en tête, que l’on admet que la croissance dentaire est un bon indicateur pour connaître la croissance générale de l’individu et le cycle de vie de l’espèce », explique Fernando Ramirez Rozzi. Néanmoins, la dernière étude menée par le chercheur pourrait bien changer la donne, au moins concernant Homo sapiens.

Pendant sept ans, Fernando Ramirez Rozzi s’est rendu au sud-est du Cameroun pour étudier les processus de croissance, et notamment la croissance dentaire, chez une population de Pygmées Baka. Tous les ans, le chercheur a noté l’âge d’apparition des différents types de dents chez 350 individus et s’est aperçu, contre toute attente, qu’elles émergeaient précocement par rapport à d’autres populations. Autrement dit, pour les Pygmées, et de façon plus générale pour Homo sapiens, l’âge d’apparition des dents ne pouvait plus renseigner de façon fiable les anthropologues sur l’âge de l’individu et sur les différentes étapes qui lui permettent d’accéder à l’âge adulte. « Si on prend la croissance dentaire comme indicateur de croissance chez les Pygmées, on dresse le portrait d’un Homo erectus, illustre Fernando Ramirez Rozzi. Ce qui prouve que chez l’Homme moderne, le lien entre croissance dentaire et cycle de vie est rompu. »

Cette dissociation des processus de croissance chez Homo sapiens pourrait ainsi expliquer le polymorphisme général propre à notre espèce mais aussi le fait que nous ayons pu nous installer dans des zones géographiques très variées, en adaptant par exemple notre taille à l’environnement sans que notre cycle de vie en soit altéré.
 
 class= Référence

"Diversity in tooth eruption and life history in humans : illustration from a Pygmy population", Fernando Ramirez Rozzi, Scientific Reports, 16 juin 2016.

Contact chercheur

Fernando Ramirez Rozzi, Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (AMIS) CNRS/Univ. Paris V/Univ. Toulouse III Paul Sabatier
Tél. : 05 61 14 59 87
Email : fernando.ramirez-rozzi@cnrs.fr

Contact communication

Morgane Gibert, Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (AMIS) CNRS/Univ. Paris V/Univ. Toulouse III Paul Sabatier
Tél. : 05 61 14 55 03
Email : morgane.gibert@univ-tlse3.fr
 
Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/