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Comment Miconia calvescens, le cancer vert des forêts tropicales, réagira face au changement climatique ?

par Frédéric Magné - publié le

Miconia calvescens fait partie des 100 espèces parmi les plus envahissantes du monde (1). Il faut dire que cet arbre, surnommé « le cancer vert » à Tahiti ou « la peste pourpre » à Hawaii, envahi les forêts à une vitesse stupéfiante et prolifère au détriment de la flore locale. Face à cette menace, des chercheurs du laboratoire d’Ecologie, Systématique et Evolution (ESE - CNRS / Université Paris-Sud / AgroParisTech) ont voulu savoir quel serait l’impact du changement climatique sur la progression de miconia à travers le monde. Ils ont alors mis en évidence que cet opportuniste allait perdre du terrain… mais pas forcément là où il fait le plus de dégâts.


Tahiti- mont Mamanu, 29 janv 2014 © Jean-Michel Myer

Miconia calvescens, qui arbore de larges feuilles ourlées de pourpre, pousse naturellement dans les trouées lumineuses ou à la lisière des forêts tropicales d’Amérique latine sans nuire à ses semblables. Mais lorsque ce bel arbre exotique est exporté loin de chez lui pour orner les jardins botaniques des quatre coins du monde, il se dissémine facilement dans les forêts environnantes et peut devenir très envahissant. Miconia grandit alors à une vitesse fulgurante – pouvant atteindre 12 mètres en seulement 8 ans – et plonge les sous-bois dans la pénombre la plus totale, privant les plantes autochtones de soleil et de nourriture. « A Tahiti, cet arbre nuisible menace d’extinction près de la moitié des 107 espèces endémiques de l’île, mentionne Franck Courchamp, directeur de recherche au Laboratoire d’Ecologie, Systématique et Evolution. Là-bas, on le surnomme le cancer vert ! ». Introduit à Tahiti en 1937 comme plante ornementale, miconia recouvre aujourd’hui les deux tiers de l’île. Il sévit également dans les autres archipels de la Polynésie française, à Hawaii, en Australie, au Sri Lanka et en Nouvelle-Calédonie. Mais comment cet envahisseur va-t-il réagir face au réchauffement climatique ?

Pour répondre à cette question, l’équipe de Franck Courchamp a commencé par localiser M. calvescens à la surface du globe et à décrire les endroits où elle vit. « Nous avons collaboré avec Jean-Michel Myer, le spécialiste mondial de cette espèce tropicale, ce qui nous a permis d’alimenter nos modèles avec des données de qualité, d’éliminer les erreurs d’identification d’espèce ou les cas particuliers, explique Franck Courchamp. Nous avons ensuite caractérisé, grâce à 19 variables climatiques, les endroits où se trouve actuellement miconia et, à partir de là, projeté sur une carte du monde tous les endroits qui avaient exactement la même combinaison de paramètres et qui pouvaient donc être envahis ». Résultat : plus de 7 % des terres émergées – des forêts tropicales de l’hémisphère sud à plus de 80 % – offrent à miconia un terreau idéal pour se développer et détruire la végétation locale. Dans ce périmètre d’action, 79 pays, 167 îles et 164 aires protégées n’ont pas encore subis d’attaque et représentent donc des régions sensibles qu’il serait bon de surveiller.

Dans un second temps, les chercheurs ont soumis leur modèle à différents scénarios de réchauffement climatique et ont regardé l’évolution des zones à risque sur leur carte. Globalement, d’ici 2080, l’étendue des territoires menacées par miconia pourrait chuter de 7 à 3 % ! Une bonne nouvelle ? Pas si sûr… Car ce chiffre masque deux réalités très contrastées. Tandis que l’arbre perd du terrain dans son milieu naturel, là où il ne cause de tort à personne, il continue à proliférer dans les forêts tropicales du reste du monde. « On a généralement tendance à penser que le réchauffement climatique va accélérer les invasions biologiques et qu’il aura le même effet partout sur la planète, admet Franck Courchamp. Nous avons donc été surpris de ces résultats. » Ce type de cartes, les chercheurs l’espèrent, pourrait aider à concentrer les efforts d’éradication. Elles recensent notamment les jardins botaniques qui sont la « porte d’entrée » de cette espèce invasive ; parmi eux, 121 sont implantés dans des zones favorables au développement de miconia. « Comme en Australie ou en Nouvelle-Zélande, l’Europe tente de mettre en place une législation pour réguler les espèces invasives. Ça progresse, mais lentement,regrette le chercheur. Et le combat pour miconia est d’autant plus difficile que les graines sont en vente libre  ».

Tahiti-Marau, Novembre 2000 – © Eloise Killgore

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(1) liste définie par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature

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"Assessing current and future risks of invasion by the ‘‘green cancer’’ Miconia calvescens", Noelia Gonzalez-Munoz, Céline Bellard, Camille Leclerc, Jean-Yves Meyer et Franck Courchamp, Biological Invasions, 2015.

Contact chercheur

Franck Courchamp
Ecologie, Systématique et Evolution (ESE) - CNRS / Université Paris-Sud / AgroParisTech
Email : franck.courchamp@u-psud.fr

Contact communication

Nicolas Plantey
Chargé de communication, Ecologie, Systématique et Evolution (ESE) - CNRS / Université Paris-Sud / AgroParisTech
Email : nicolas.plantey@u-psud.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/