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Comment la biogéographie influence la biodiversité des parasites dans les îles ?

(Josselin Cornuault, Joris Bertrand, Christophe Thébaud & Philipp Heeb)

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Une étude inédite menée sur des parasites du paludisme chez les oiseaux de La Réunion et de l’île Maurice - Plasmodium et Leucocytozoon - montre comment ces espèces ont colonisé l’archipel des Mascareignes.

Le Zostérops vert de la Réunion est infecté par deux parasites responsables
du paludisme chez l’oiseau : Plasmodium et Leucocytozoon. ©Joris Bertrand

Au début, il y avait une montagne surgie des océans et vierge de toute présence biologique… C’est en effet la migration d’espèces venues d’ailleurs qui permet le peuplement progressif des îles, avec deux limites de taille : le degré d’isolement (qui facilite plus ou moins les migrations d’espèces) et la taille de l’île (qui conditionne l’apparition d’espèces nouvelles à partir de la souche originelle – plus l’espace est grand, plus le phénomène de spéciation est important). Une étude menée dans l’archipel des Mascareignes - île de la Réunion et île Maurice - apporte un regard inédit sur la façon dont les parasites colonisent ces espaces. L’étude, parue dans The American Naturalist, se focalise sur deux genres de parasites responsables du paludisme chez les oiseaux : Plasmodium et Leucocytozoon.

Grâce aux analyses de biologie moléculaire pratiquées sur plusieurs milliers d’échantillons sanguins d’oiseaux, les chercheurs ont découvert 26 espèces différentes de Leucocytozoon, contre 10 seulement pour Plasmodium ; dans les deux cas, la diversité actuelle est le résultat d’une dizaine de migrations à partir des continents – « un résultat a priori surprenant, dans la mesure où Plasmodium est répandu sur toute la planète et a un pouvoir de dispersion a priori beaucoup plus fort », témoigne Josselin Cornuault, le premier auteur de la publication. Et ce d’autant que les analyses indiquent que la vitesse de spéciation – la vitesse à laquelle de nouvelles espèces apparaissent - est peu ou prou la même dans les deux familles. La clef du mystère est ailleurs. « En reconstituant l’arbre phylogénétique des deux parasites (qui trace les liens de parenté entre les espèces et figure leurs apparitions successives sur une échelle de temps), il apparaît que les événements de migration sont en moyenne trois fois plus anciens pour Leucocytozoon », témoigne le chercheur. Arrivé plus tôt, le parasite a eu semble-t-il tout le loisir de se diversifier et de donner naissance à de nouvelles espèces.

 Référence

"Timing and number of colonizations but not diversification rates affect diversity patterns in hemosporidian lineages on a remote oceanic archipelago",Josselin Cornuault, Ben Warren, Joris Bertrand, Borja Mila, Christophe Thébaud & Philipp Heeb, The American Naturalist, Dec 2013

Contact chercheur

Josselin CORNUAULT
Laboratoire Evolution et Diversité Biologique - CNRS/Université Paul Sabatier/Ecole nationale de formation agronomique
Tél. : 05 61 55 67 58
Mél. : joss.cornuault@gmail.com

Contact communication

Frédéric MAGNÉ
Laboratoire Evolution et Diversité Biologique - CNRS/Université Paul Sabatier/Ecole nationale de formation agronomique
Tél. : 05 61 55 67 43
Mél. : frederic.magne@univ-tlse3.fr