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Comment un mollusque se protège contre le parasite responsable de la bilharziose

par Frédéric Magné - publié le

Avant de s’attaquer à l’homme, le ver parasite responsable de la bilharziose intestinale se développe dans un mollusque. Une équipe de chercheurs du laboratoire Ecologie et Evolution des Interactions (CNRS / Université de Perpignan Via Domitia) vient de montrer que le gastéropode fabrique une protéine pour se protéger du parasite, protéine dont il a probablement emprunté la recette à une bactérie.

La bilharziose est une maladie qui, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) touche 230 millions de personnes dans le monde. Elle est provoquée par des schistosomes, qui sont des petits vers plats, et notamment par Schistosoma mansoni, responsable de la bilharziose intestinale en Afrique et en Amérique tropicale. Avant de pénétrer dans l’organisme humain par la peau, ce parasite se développe chez un mollusque d’eau douce, Biomphalaria glabrata, qui lui sert d’hôte intermédiaire.

En essayant de mieux comprendre comment ce gastéropode se défendait face à Schistosoma mansoni, les auteurs de l’étude à paraître dans PLoS Pathogens ont découvert qu’il produisait une protéine dotée d’une activité anti-parasitaire. Baptisée biomphalysine en référence au nom du mollusque, cette molécule est capable d’ouvrir des pores dans la membrane des cellules cibles afin de les tuer. Cette fonction, que l’on retrouve d’ordinaire chez des toxines bactériennes, lui est conférée par une structure tridimensionnelle particulière et il est probable qu’au cours de son évolution le gastéropode a emprunté au matériel génétique d’une bactérie la séquence codant pour cette protéine. Cette dernière est fabriquée dans les cellules immunitaires du mollusque en continu et non pas uniquement lorsque le parasite est détecté, comme s’il s’agissait d’une sentinelle guettant en permanence toute invasion de Schistosoma mansoni. D’un point de vue appliqué, ces résultats sont importants car c’est la première fois que l’on décrit, chez un eucaryote, une protéine présentant une activité anti-schistosome.
 

© David Duval
Modélisation de la structure en 3 D de la biomphalysine
 

Références

Biomphalysin, a new β pore-forming toxin involved in Biomphalaria glabrata immune defense against Schistosoma mansoni, PLoS Pathogens, Richard Galinier, Julien Portela, Yves Moné, Jean-François Allienne, Hélène Henri, Stéphane Delbecq, Guillaume Mitta, Benjamin Gourbal & David Duval.

Contact chercheur

Guillaume Mitta, Ecologie et Evolution des Interactions, CNRS / Université de Perpignan Via Domitia, Université de Perpignan Via Domitia, 52 avenue Paul Alduy, 66860 Perpignan Cedex. Tél. : 04 68 66 21 85 - 06 88 12 82 60


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