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Coup de chaleur sur les chaînes trophiques : quelles conséquences ?

(J-L Hemptinne)

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

La plupart des experts s’accordent sur le fait que les climats vont devenir de plus en plus variables et qu’ils seront caractérisés par une fréquence accrue d’évènements hors normes tels que des vagues de chaleur ou des épisodes de très fortes précipitations. Prévoir l’impact de ces évènements extrêmes pose un défi considérable aux écologues qui étudient l’évolution des communautés. En effet, ils peuvent affecter les organismes mais également les interactions trophiques entre ces organismes, conduisant à des répercussions en cascade dont la nature et l’intensité ne sont pas aisément prévisibles.

Arnaud Sentis a voulu explorer les conséquences de vagues de chaleur sur une chaîne trophique expérimentale composée d’une plante, le poivron, d’un herbivore, le puceron Myzus persicae, et d’un prédateur de pucerons, la coccinelle Coleomegilla maculata.
Cette étude vient d’être publiée dans Global Change Biology. Le système expérimental d’Arnaud fut toujours maintenu à une température moyenne de 23°C. Néanmoins, certaines répétitions furent soumises à des pics de 30 ou de 40°C. Lorsqu’on analyse les conséquences de ces traitements sur chaque niveau trophique indépendamment des autres, on s’aperçoit que les pics de chaleur n’eurent pas d’effet sur la productivité des plantes mais qu’ils réduisirent l’abondance et la fécondité des pucerons. Enfin, ils n’eurent qu’un impact marginal sur le temps de développement et la biomasse des coccinelles. Une analyse prenant en compte les interactions trophiques indiquent que les pics de chaleur réduisirent l’incidence de la prédation des coccinelles sur les pucerons. Contre toute attente, cela ne se traduisit pas par aggravation de l’état des plantes. Enfin, les chaines trophiques avec prédateurs résistèrent mieux aux chocs thermiques.

Les résultats de cette étude suggèrent que des systèmes plus complexes devraient mieux résister au changement climatique que des systèmes plus simples, notamment dépourvus de prédateurs. Cette étude plaide ainsi sur la nécessité d’évaluer l’incidence des changements climatiques sur chaque niveau trophique ainsi que sur les interactions entre ceux-ci pour comprendre la manière dont évolueront les communautés écologiques sous contraintes climatiques. 


La coccinelle nord-américaine Coleomegilla maculata
qui prit part à cette étude


 

 Référence

"Effects of simulated heat waves on an experimental plant-herbivore-predator food chain" , A Sentis, J - L Hemptinne, J Brodeur, Global Change Biology, Volume 19, Issue 3, pages 833–842, March 2013
 

Contact chercheur

Jean-Louis Hemptinne
PR Ecologie et Didactique de l’Ecologie
Université de Toulouse - Ecole nationale de Formation agronomique
UMR CNRS 5174 Evolution et Diversité biologique
BP 22687
F-31326 Castanet-Tolosan Cedex
Mél. : jean-louis.hemptinne@educagri.fr
Tél : (+33)5 61 75 32 95
Fax : (+33)5 61 75 03 09
 

Contact communication

Frédéric Magné
Laboratoire Évolution et Diversité Biologique (EDB) – CNRS/ Université Toulouse III Paul Sabatier/ENFA
Tél. : 05 61 55 67 43
Mél. : frederic.magne@univ-tlse3.fr