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De l’épuisette à la tablette

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Une base de données, centralisant toutes les connaissances sur la répartition spatiale des poissons d’eau douce dans le monde, vient de voir le jour. Elle remplacera bientôt les recherches sur des sources documentaires dispersées, voire des expéditions sur des terrains déjà échantillonnés.

Les eaux douces représentent 0,02 % des habitats aquatiques sur la surface du globe.
© IRD / E.Leciak

 
L’inventaire exhaustif du contenu des placards, des bocaux et de la littérature grise accumulés dans les laboratoires va bientôt remplacer certaines expéditions à l’autre bout du monde… Une toute nouvelle base de données met en effet à disposition de la communauté scientifique l’ensemble des informations existantes sur la distribution des poissons d’eau douce à l’échelle du globe. « Jusqu’à présent, ces connaissances, acquises au fil de deux cents ans de recherche in situ , étaient dispersées sous différentes formes dans de nombreuses institutions. Leur mobilisation n’était pas aisée et, faute d’y parvenir simplement, il fallait parfois retourner collecter des éléments déjà connus », explique l’écologiste des communautés Thierry Oberdorff, de l’IRD. Avec son collègue Sébastien Brosse de l’Université de Toulouse, il est à l’origine de ce formidable travail de collecte, compilation et vérifications mené par une équipe du laboratoire Évolution et diversité biologique, sujet d’une récente publication dans la revue Scientific Data1.
 
Un milieu sous pression
 
La diversité des poissons dulcicoles, d’eau douce, est incroyablement grande au regard de la superficie limitée des milieux concernés. Pour seulement 0,02 % de l’habitat aquatique disponible à la surface du globe, ils représentent en effet 40 % des 34 000 espèces de poissons connues. Sous la pression des activités humaines et des changements globaux, ces écosystèmes fluviaux et lacustres sont extrêmement menacés. « La surpêche, les pollutions, les invasions biologiques et le réchauffement climatique mettent en péril une bonne partie des 15 000 espèces fréquentant les eaux douces », indique pour sa part le macroécologue Pablo Tedesco. Dans ce contexte, les travaux scientifiques s’emploient à améliorer la compréhension des déterminants environnementaux et des processus évolutifs à la base de cette diversité. Ils explorent aussi les impacts des menaces actuelles.
 
Un outil polyvalent
 
Concrètement, la base de données contient les listes complètes des espèces de poisson vivant ou fréquentant ponctuellement 3 119 cours d’eau, le tout couvrant plus de 80 % des terres émergées. « Nous avons travaillé par bassin versant, indique le chercheur. Les informations sur la répartition spatiale des espèces sont toutes issues de résultats scientifiques validés, obtenus par l’analyse de quelques 1 400 sources (ouvrages, articles, sources web, rapports et bases de données régionales) entre 2003 et 2014 ». De fait, l’outil obtenu est très polyvalent. Il constitue une source unique d’informations pour des études en macroécologie, macroévolution, biogéographie et biologie de la conservation des poissons d’eau douce. Sur sa base, les différentes équipes pourront faire tourner des modèles spécifiques en fonction de leurs besoins.
 

Les poissons dulcicoles représentent 40 % des 34 000 espèces connues.
© IRD / M. Jégu

 
Zone tropicale et évolution de la biodiversité
 
La base de données sera précieuse pour les recherches en zone tropicale, où la variété des poissons d’eau douce est très riche, mais où les informations disponibles sont particulièrement dispersées.

Enfin, le travail accompli pour constituer cette somme de connaissances fournit un aperçu de la diversité dulcicole à un moment donné, en l’occurrence en 2014. Ce point de départ pourra servir à réévaluer la situation périodiquement et, le cas échéant, à alerter l’ Union internationale pour la conservation de la nature sur le sort d’espèces menacées. « Cette vue d’ensemble permet aussi de déceler là où les données manquent, comme en Asie notamment, et de faire des campagnes à bon escient, en fonction des besoins et des hypothèses de recherche  », conclut Thierry Oberdorff.
 
Note
 
1 Tedesco P. A., Beauchard O., Bigorne R., Blanchet S., Buisson S., Conti L., Cornu J-F, Dias M. S., Grenouillet G., Hugueny B., Jézéquel C., Leprieur F., Brosse S. & Oberdorff T., A global database on freshwater fish species occurrence in drainage basins, Scientific Data , 2017.
 
 
Source : IRD