Supervisory authorities

CNRS

Our LABEX

Our Networks

Search




Visitors logged in: 11


Home > Communication > Scientific newsletter > News in touch with our themes

Des compétences sensorielles insoupçonnées chez le dauphin : la perception magnétique

by Frédéric Magné - published on

L’existence d’une perception magnétique permet d’expliquer des phénomènes de migration et de navigation chez une variété d’espèces animales, comme les oiseaux mais aussi certaines espèces de mammifères. Le mystère restait jusqu’ici entier pour les mammifères marins. Les travaux réalisés sur des dauphins captifs par l’équipe du laboratoire d’Ethologie animale et humaine, en collaboration avec le parc animalier de Planète Sauvage, et publiés dans Naturwissenschaften, démontrent pour la première fois une sensibilité à un champ magnétique fort de ces animaux qui sont capables de discriminer deux objets sur la seule base de leurs propriétés magnétiques. Bien que les processus en jeu soient encore inconnus, cette découverte ouvre un nouveau champ d’investigation et une nouvelle fenêtre sur le monde sensoriel des dauphins.

L’existence d’une perception magnétique est surtout connue par les travaux réalisés sur les migrations de diverses espèces animales qui ne pouvaient pas s’expliquer sur la base de modalités sensorielles « classiques ». Ainsi, différents taxa se servent du champ géomagnétique pour s’orienter pendant la navigation ou la migration, ceci leur permettant de poursuivre leurs trajets en l’absence de repères visuels en particulier (ex. « nuit noire »). D’autres mammifères, comme certains rongeurs, construisent leurs nids en lien avec ce champ. Plusieurs faits suggèrent une sensibilité des mammifères marins à l’information géomagnétique : les routes de migration de certaines baleines suivent des voies de faible intensité géomagnétique ; l’échouage inexpliqué de cétacés sur des côtes pourrait s’expliquer par leur occurrence dans des sites où le champ géomagnétique croise la dite côte. Jusqu’ici cependant, et contrairement à d’autres taxa, il n’y avait aucune preuve expérimentale d’une sensibilité à un champ magnétique chez les cétacés. Les quelques expériences de conditionnement réalisées jusqu’ici pour tenter de démontrer une capacité de discrimination de champs magnétiques par le dauphin avaient échoué.
Dans l’étude menée par l’équipe EthoS, six dauphins adultes captifs ont été confrontés à des objets (bidons plastiques opaques) qui présentaient des champs magnétiques différents, l’un des deux étant démagnétisé, l’autre pourvu d’un aimant puissant (neodymium à 1.2T). L’équipe a profité de la tendance naturelle des dauphins à explorer de nouveaux objets pour étudier leur intérêt spontané pour ces objets. Les bidons étaient placés dans l’eau à 50 cm de profondeur et perforés de façon à ce que l’aimant soit en contact avec l’eau du bassin. Les deux objets étaient totalement identiques par ailleurs (taille et densité). Le comportement des dauphins a été filmé pendant les sessions expérimentales (60 sessions de 15 minutes) où l’un des deux bidons au hasard était présenté. L’analyse des données a été réalisée par un observateur non informé sur les caractéristiques magnétiques de l’objet. Les résultats confirment l’intérêt spontané des dauphins pour de tels objets mais surtout révèlent qu’ils s’approchent plus vite quand le bidon présenté inclut l’aimant. Ceci montre qu’ils discriminent bien ces deux objets qui ne diffèrent que par leurs propriétés magnétiques.
Il s’agit donc d’une première preuve expérimentale d’une discrimination magnétique chez le dauphin qui ouvre un nouveau champ d’investigation. Le succès de cette expérience, par rapport aux essais réalisés précédemment dans d’autres études, pourrait être lié aux conditions d’expérimentation (contexte habituel et spontané) mais surtout à la puissance de l’aimant utilisé. Il reste à prouver que les dauphins pourraient discriminer des champs comme le champ géomagnétique (4.5µT) et à déterminer les seuils de détection. Les processus en jeu sont mal connus mais de la magnétite (particules ferromagnétiques) a été trouvée dans la dure mère de dauphins. Il s’agit d’une piste possible, de telles particules s’alignant sur le champ magnétique ambiant. Il est à noter que les proches voisins artiodactyles des dauphins, tel que le cerf, sont aussi sensibles au champ magnétique.
Cette étude constitue un nouveau pas dans l’exploration du monde sensoriel des animaux, et particulièrement des mammifères marins. Elle soulève aussi à nouveau le questionnement autour de ce champ perceptuel mal connu qu’est la sensibilité magnétique.


Temps mis par les dauphins pour approcher un bidon placé dans l’eau selon qu’il contient
ou non un aimant © Photo : Courtoisie de Planète sauvage. Diagramme : Alban Lemasson



 Référence

"Behavioural evidence of magnetoreception in dolphins : detection of experimental magnetic fields", Kremers D, Lopez Marulanda J, Hausberger M. & Lemasson, A., Naturwissenschaften, 2014


Contact chercheur

Alban Lemasson
Ethologie animale et Humaine (Ethos)
UMR 6552
Université Rennes 1
263 Avenue du Général Leclerc
35042 RENNES CEDEX
Tél. : 02 99 61 81 59
Mél. : alban.lemasson@univ-rennes1.fr