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Des lamas élevés sur la côte péruvienne durant la période Mochica ?

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Connue pour ses pyramides monumentales et ses poteries, la culture Mochica a occupé la côte du Pérou et les contreforts andins entre 100 et 800 après Jésus-Christ. Grâce à une étude isotopique menée sur des restes animaux archéologiques, une équipe internationale composée notamment de chercheurs du laboratoire Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements - AASPE (CNRS / MNHN) et du laboratoire Archéologie des Amériques - ARCHAM (CNRS / Univ. Paris 1) suggère que les Mochicas élevaient des camélidés domestiques (lamas et alpacas) dans les plaines arides qui bordent le Pacifique. Une découverte inédite : de nos jours, on ne trouve aucun de ces animaux à moins de 3500 mètres d’altitude.


Tombe Mochica - Programme International Moche (@Claude Chauchat)
 

Les restes de lamas ou d’alpacas retrouvés dans les tombes Mochica avaient mis la puce à l’oreille des chercheurs : se pouvait-il que ces camélidés, les seuls grands animaux domestiqués en Amérique du sud, aient été élevés sur la côte péruvienne ? « L’hypothèse la plus répandue jusqu’à présent était que les camélidés étaient élevés en altitude – l’aridité de la bande côtière ne se prêtant guère à l’élevage – et se retrouvaient sur la côte après avoir voyagé avec les caravanes commerciales  » raconte Elise Dufour, archéozoologue au Muséum national d’Histoire naturelle au sein du laboratoire Archéologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnement (AASPE), et premier auteur de l’article publié dans PLOS One.

Les études isotopiques menées par les chercheurs racontent une toute autre histoire. « Tout ce que nous mangeons se retrouve dans notre organisme. Le carbone alimentaire est ainsi utilisé pour construire nos os et nos dents », explique Elise Dufour, qui a étudié avec ses collègues les molaires et différents os de camélidés. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés au carbone issu de deux types de plantes bien spécifiques : le type C4, qui désigne certaines herbes tropicales et notamment le maïs cultivé par les Mochicas à moyenne et basse altitude grâce à l’irrigation, et le type C3 qui comprend les plantes d’altitude.
 

Résultat : alors que les lamas et alpacas actuels, élevés à plus de 3500 mètres d’altitude, ont consommé exclusivement des plantes de type C3, l’alimentation des douze spécimens archéologiques étudiés a pu comporter jusqu’à 80% de plantes C4. « Cela suggère qu’ils ont été nourris au maïs, très probablement sur la côte ou dans la partie basse des vallées côtières, décrypte Elise Dufour. C’est un aspect des pratiques pastorales des Mochica qu’on ignorait jusqu’alors ».


C’est en étudiant les types de plantes consommés par les lamas de la période Mochica que les chercheurs ont pu définir l’altitude à laquelle ces camélidés avaient vécu. (© Nicolas Goepfert)

 Référence

"Pastoralism in Northern Peru during Pre-Hispanic Times : Insights from the Mochica Period (100–800 AD) Based on Stable Isotopic Analysis of Domestic Camelids", Elise Dufour, Nicolas Goepfert, Belkys Gutiérrez Léon, Claude Chauchat, Régulo Franco Jordán et Segundo Vásquez Sánchez, PLOS One, 31 Jan 2014
 

Contact chercheur

Elise Dufour, Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE) – CNRS / MNHN
Tél. : 01 40 79 32 74
Mél. : edufour@mnhn.fr
 

Contact communication

Myriam Meziou, Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE) – CNRS / MNHN
Tél. : 01 40 79 33 10
Mél. : myriam.meziou@mnhn.fr