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Des micro-organismes à 2 km de profondeur sous les océans

par Frédéric Magné - publié le

Les limites du vivant sous le plancher océanique ont été une nouvelle fois repoussées. Une équipe européenne composée notamment de chercheurs du Laboratoire de microbiologie des environnements extrêmes (LM2E) et du laboratoire Ecosystèmes, biodiversité, évolution de Rennes (ECOBIO) vient en effet d’identifier des bactéries et des champignons microscopiques à des profondeurs records de 1 922 et de 1 740 mètres sous le bassin de Canterbury, au large de la Nouvelle-Zélande.
 

Le navire foreur Joides Resolution (©LM2E)
 

Les sédiments des fonds océaniques sont peuplés d’un bestiaire insoupçonné de micro-organismes marins : des archées (organismes unicellulaires sans noyau), des bactéries et mêmes des eucaryotes (organismes avec noyau)… Leur nombre est estimé à 290 000 000 000 000 000 000 000 000 000 ! Et ce, uniquement pour des profondeurs comprises entre 0 et 500 mètres. Aujourd’hui, une équipe de chercheurs franco-allemande vient d’établir un nouveau record en réalisant un forage de 1 922 m de long sous le plancher océanique du bassin de Canterbury, au large de l’île Sud de la Nouvelle-Zélande, et en y trouvant de nombreuses espèces. « On ne s’attendait pas à trouver des traces de vie à de telles profondeurs sous le fond des océans, surtout pas des champignons microscopiques  », avoue Karine Alain, microbiologiste au Laboratoire de Microbiologie des Environnements Extrêmes de Brest.


Aggrégat de cellules bactériennes de très petites tailles cultivées à partir de sédiment
provenant de 1827 m sous le plancher océanique (©LM2E)

Grâce à des techniques sophistiquées d’extraction et d’analyse d’ADN, les chercheurs ont réussi à identifier des représentants des trois grandes divisions du vivant : des archées, des bactéries thermophiles adeptes de la fermentation – très semblables aux bacilles et aux coques du milieu terrestre mais de plus petite taille – et aussi des microeucaryotes comme des champignons. « Avec les analyses d’ADN réalisées, nous ne pouvons pas savoir s’il s’agit d’ADN fossile, de fragments d’ADN d’organismes vivants ou bien ceux d’organismes en dormance, précise Karine Alain. Par contre, nous avons réussi à isoler et à cultiver certaines bactéries et certains champignons microscopiques issus de nos échantillons, ce qui est une première à ces profondeurs  ». La vie persisterait donc à des profondeurs de 2 km sous le plancher océanique, là où les températures frôlent les 100°C et les pressions les 50 MPa. 

Théoriquement, les microorganismes pourraient même vivre jusqu’à des profondeurs de 4 ou 5 km sous les océans pour les environnements les plus cléments. Une frontière indispensable à connaître pour évaluer au plus juste le volume de la biosphère présente dans les sédiments marins mais aussi l’impact des microorganismes sur la composition des océans et de l’atmosphère.

 

 Référence

"Microorganisms persist at record depths in the subseafloor of the Canterbury Basin", Ciobanu, M.-C., Burgaud, G., Dufresne, A., Breuker, A., Redou, V., Ben Maamar, S., Gaboyer, F., Vandenabeele-Trambouze, O., Lipp, J.S., Schippers, A., Vandenkoornhuyse, P., Barbier, G., Jebbar, M., Godfroy, A. & Alain, K., The ISME Journal,24 juin 2014

 

Contact chercheur

Karine Alain
Laboratoire de microbiologie des environnements extrêmes (LM2E) – CNRS/UBO/Ifremer
Tél. : 02 98 49 87 04
E-mail : karine.alain@univ-brest.fr

 

Contact communication

Valérie Deborde
Conseillère communication à la délégation Bretagne et Pays de la Loire du CNRS
Tél. : 02 99 28 68 81
E-mail : valerie.deborde@cnrs.fr