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Fous de Bassan : la territorialité sans agressivité

par Frédéric Magné - publié le

La notion de territoire n’est pas seulement terrestre. Les oiseaux marins vivant en colonie ont, eux aussi, des zones de nourrissage bien identifiées. Une étude publiée dans Science, à laquelle a notamment participé David Grémillet, chercheur CNRS au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive – (CNRS/Université Montpellier 1, 2 et 3/Montpellier SUPAGRO/Ecole Pratique des Hautes Etudes/CIRAD), montre que ces espaces « réservés » se maintiennent sans que les oiseaux ne manifestent de comportement territorial vis-à-vis des membres des colonies voisines.


 Les oiseaux de la seule colonie hexagonale de Fous de Bassan, située dans les Côtes d’Armor, pêchent en Manche ouest dans un rayon de 200 kilomètres © David Grémillet

Depuis l’avènement des balises GPS, au début des années 2000, on en sait chaque jour un peu plus sur les habitudes des oiseaux marins. Des chercheurs du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) de Montpellier, associés à des confrères britanniques, ont étudié les colonies de Fous de Bassan des îles britanniques et de Bretagne nord, avec deux interrogations : ces colonies ont-elles des territoires de nourrissage définis, comme cela se passe pour les insectes sociaux notamment, et le maintien de ces territoires se base-t-il sur des comportements agressifs ? Près de 200 oiseaux de douze colonies ont été suivis à la trace – et, parmi eux, des individus de la seule colonie française de Fous située dans la réserve naturelle des Sept Iles (Côtes d’Armor). Le résultat est sans appel : chaque colonie a un territoire bien identifié, qui ne recouvre (presque) pas celui de la colonie voisine. « On parle ici de rayons d’action pouvant aller jusqu’à 500 kilomètres en période de nourrissage », précise David Grémillet, chercheur au CEFE.

Le plus étonnant, c’est que cette territorialité se maintient sans agressivité envers les oiseaux des colonies voisines. « Cela fait des dizaines d’années que les chercheurs et les marins observent les Fous en mer – et si les comportements belliqueux sont fréquents entre oiseaux, ils ne semblent pas se manifester pour la maîtrise de la zone de pêche », note David Grémillet. Le chercheur attribue la pérennité de ces territoires au transfert d’information entre individus d’une même colonie : « chaque groupe a ses habitudes et celles-ci sont d’autant plus vivaces que les Fous de Bassan peuvent vivre plusieurs décennies. » Mais il y a un revers à la médaille : ces « traditions » peuvent induire un manque de flexibilité des individus, si les ressources de leur territoire favori venaient à s’épuiser… Des informations précieuses pour la conservation de ces oiseaux - notamment pour la Ligue de protection des oiseaux (LPO) qui gère la réserve française des Sept Iles et co-signe l’article de Science. 

Référence :

"Space partitioning without territoriality in gannets", Ewan D. Wakefield et al., Science, June 6 2013

Contact chercheur

David Grémillet, Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE), CNRS/Université Montpellier 1, 2 et 3/Montpellier SUPAGRO/Ecole Pratique des Hautes Etudes/CIRAD/IRD/INRA
Tél. : 04 67 61 32 10
Mél : david.gremillet@cefe.cnrs.fr

Contact presse

Bertrand SCHATZ, Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE), CNRS/Université Montpellier 1, 2 et 3/Montpellier SUPAGRO/Ecole Pratique des Hautes Etudes/CIRAD/IRD/INRA
Tél. : 04 67 61 33 00
Mél : bertrand.schatz@cefe.cnrs.fr