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Gastornis : un oiseau géant herbivore successeur des dinosaures

by Frédéric Magné - published on , updated on

Quelques millions d’années après l’extinction des grands dinosaures, et avant la domination des mammifères, les plus grands animaux terrestres vivant en Europe étaient des oiseaux. Le régime alimentaire de ces colosses nommés Gastornis fait débat depuis plus de vingt ans. Une nouvelle étude combinant des analyses morphologiques et géochimiques ont permis de trancher : Gastornis était herbivore. Ce résultat, issu de la collaboration entre plusieurs équipes françaises (UCBL/CNRS/ENS/MNHN*) coordonnées par Delphine Angst du Laboratoire de Géologie de Lyon : Terre, planète et environnement vient d’être publié dans le journal Naturwissenschaften.



A la fin du Crétacé, il y a environ 66 millions d’années, les plus grands animaux qui dominaient les écosystèmes terrestres étaient des dinosaures. Lors de la crise Crétacé-Tertiaire, tous ces dinosaures se sont éteints, laissant un grand nombre de niches écologiques vacantes, en particulier la place laissée par les grands herbivores (sauropodes et hadrosaures) et les carnivores géants (tyrannosauridés et abelisauridés). Les paléontologues ont observé qu’au début du Tertiaire les seuls animaux terrestres de grande taille qui vivaient en Europe étaient des oiseaux appelés Gastornis. Avec ses deux mètres de haut, sa stature massive et son énorme bec puissant, l’écologie de Gastornis et en particulier son régime alimentaire constituaient une énigme jusqu’à aujourd’hui. Était-il herbivore comme le suggèrent l’anatomie de son crâne ou la forme de ses empreintes de pas ? Ou était-il un féroce prédateur au sommet de la chaîne alimentaire comme le suggère l’imposante taille de son bec ?

Les chercheurs ont analysé la composition isotopique du carbone, c’est à dire la proportion relative entre les deux isotopes stables 13C et 12C, contenus dans les os fossilisés de Gastornis provenant de plusieurs gisements français. En analysant des oiseaux actuels carnivores (vautours) du Parc aux oiseaux des Dombes et herbivores (autruches) de la Ferme de l’Autruche Drômoise. Delphine Angst et ses collaborateurs ont déterminé une nette différence de fractionnement isotopique entre le carbone de leurs os et de leurs aliments. En extrapolant ces données isotopiques aux restes fossiles de Gastornis, les chercheurs ont conclu qu’il était herbivore.

Parallèlement, la dissection de crânes d’oiseaux actuels possédant des régimes alimentaires connus a permis de mettre en évidence que le muscle adducteur (permettant de fermer la mâchoire) est significativement plus développé chez les oiseaux herbivores que chez les carnivores. En effet, les oiseaux herbivores utilisent la force de morsure de leurs mâchoires pour broyer et découper les végétaux alors que les carnivores se servent de la pointe du bec et de la force du cou pour arracher des lambeaux de chair qu’il avalent sans mâcher. La présence de grandes traces d’insertion des muscles adducteurs sur les os des mâchoires de Gastornis témoigne de leur grand volume. Cet oiseau se servait donc activement de ses mâchoires et était herbivore.

Ces deux méthodes, géochimie et anatomie, conduisent donc indépendamment à une conclusion similaire, Gastornis était herbivore.

Dans les écosystèmes actuels, les plus grands animaux terrestres sont des mammifères herbivores. Il s’avère désormais qu’au début du Tertiaire en Europe, le plus grand animal était aussi un herbivore.Toute fois, ce n’était pas un mammifère mais l’oiseau géant Gastornis, bien plus grand que les mammifères qui étaient ses contemporains en Europe. Cette situation très particulière rappelle celle de Madagascar il y a quelques milliers d’années, avant l’arrivée des humains.

Ce travail a été soutenu par une Bourse de la Fondation L’Oréal Pour les Femmes et la Science, par un financement du programme INTERREVIE du CNRS-INSU, et par l’Institut Universitaire de France.
 

Note

* Université Claude Bernard Lyon 1 ; Centre National de la Recherche Scientifique ; École Normale Supérieur (Lyon et Paris) ; Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.

- Attention... Gastornis n’est pas un « Terror Bird », terme exclusif dédié au groupe des Phorusrhacidés dont Gastornis ne fait pas partie.

 

 Référence

"Isotopic and anatomical evidence of an herbivorous diet in the Early Tertiary giant bird Gastornis. Implications for the structure of Paleocene terrestrial ecosystems", 
D. Angst, C. Lécuyer, R. Amiot, E. Buffetaut, F. Fourel, F. Martineau, S. Legendre, A. Abourachid & A. Herrel. Naturwissenschaften


Contacts

Delphine Angst

Mél. : angst.delphine@gmail.com
Tél. : 06 21 96 43 52

Christophe Lecuyer
Laboratoire de Géologie de Lyon, Terre, Planètes et Environnement (CNRS, Université claude Bernard Lyon 1 et Ecole Normale Supérieure de Lyon)
Mél. : christophe.lecuyer@univ-lyon1.fr
Tél. : 04 72 44 83 76

 

Eric Buffetaut
Laboratoire de Géologie de l’Ecole Normale Supérieure (CNRS -ENS)
Mél. : eric.buffetaut@sfr.fr
Tél. : 06 24 78 18 40