Accueil > Communication > Newsletter scientifique > Actualités scientifiques des organismes de recherche

Interactions sociales : quand les drosophiles font le buzz

par Frédéric Magné - publié le

Les scientifiques ont longtemps pensé que l’apprentissage social était l’apanage d’animaux évolués comme les grands singes. Une étude menée chez la mouche drosophile par des biologistes de l’Unité Evolution, Génomes, Comportement, Ecologie de Gif-sur-Yvette (EGCE, CNRS/IRD/Université Paris-Sud) et de l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien de Strasbourg (IPHC, CNRS/Université de Strasbourg) démontrent pour la première fois que cet insecte s’appuie sur le comportement de ses congénères pour sélectionner son site de ponte. Publiés récemment dans les Proceedings of the Royal Society, ces travaux qui mettent en lumière des choix très contrastés de la part des drosophiles suggèrent une influence directe de la structure sociale de ces populations d’insectes dans leurs prises de décision.

Systeme d’arene avec le tracking des drosophiles
© Frédéric Méry

Les interactions que nous entretenons avec nos semblables nous aident à prendre les bonnes décisions tout au long de notre existence. Si cette forme d’apprentissage social est l’un des fondements des sociétés humaines complexes, qu’en est-il chez d’autres espèces moins évoluées ? C’est ce qu’a voulu vérifier une équipe de chercheurs français chez la mouche drosophile. Pour cela, ils ont construit un dispositif expérimental pourvu de deux sites de ponte : le premier imprégné d’une odeur de fraise et le second d’une odeur de banane, toutes deux étant connues pour exercer un fort pouvoir attractif sur cette petite mouche.
Après avoir déposé une substance très amère, peu appréciée de ces insectes, sur l’un ou l’autre des deux sites de ponte, les scientifiques ont ensuite introduit successivement différents groupes de drosophiles « Une fois que ces insectes ont appris à éviter un site de ponte contenant un parfum de fruit associé à la substance amère, nous les avons mis en présence de drosophiles qui n’y avaient jamais été confrontées afin que les premières leur transmettent l’information par contact tactile », explique Frédéric Méry, chercheur CNRS à l’EGCE et cosignataire de l’article. Réitérée chez une soixante de groupes de drosophiles « naïves », l’opération a été filmée pour mesurer l’intensité des contacts qu’elles établissaient avec les drosophiles « informatrices ». Chaque groupe de drosophiles naïves est ensuite installé dans un dispositif proche de celui utilisé pour exercer les drosophiles « informatrices ».

Parmi les groupes de drosophiles naïves testés, les chercheurs constatent que les ¾ choisissent presque exclusivement de pondre sur le milieu privilégié par les drosophiles informatrices. Les 25% restants vont en revanche adopter le milieu aversif pour leurs informatrices. L’analyse des séquences vidéo révèle l’importance de la structure du réseau de contacts dans ces prises de décision. « Quand les représentants d’un même groupe de mouches informatrices interagissent de façon homogène avec des mouches naïves, ces dernières se mettent à pondre sur le même milieu que celui de leurs tutrices, précise Frédéric Méry. Mais si certains individus informés interagissent beaucoup et d’autres très peu, le réseau social devient hétérogène et les individus naïfs vont alors rejeter l’information portée par les informateurs pour pondre sur l’autre milieu. »

Le choix du site de ponte par les drosophiles naïves dépend donc davantage du niveau d’homogénéité du réseau social que de l’intensité des interactions qu’elles entretiennent avec leurs informatrices. L’étude met ainsi en avant l’importance des connections entre individus dans l’échange d’informations, la prise de décisions et l’évolution des opinions. Les scientifiques supposent qu’un tel comportement pourrait être induit par la conjugaison de deux phénomènes observés chez les primates humains et non humains : l’illusion de la majorité et l’aversion à l’ambigüité. Une hypothèse qui laisse à penser que ces mécanismes complexes ne sont finalement pas le propre des sociétés humaines.

© Frédéric Méry

 class= Références

"How social network structure affects decision-making in Drosophila melanogaster", Cristian Pasquaretta, Marine Battesti, Elizabeth Klenschi, Christophe A. H. Bousquet, Cédric Sueur, Frédéric Mery, Proceedings of the Royal Society, Series B, le 2 mars 2016.

Contact chercheur

Frédéric Méry, Evolution, Génomes, Comportement et Ecologie (EGCE – CNRS/Univ. Paris Sud/IRD)
Email : frederic.mery@legs.cnrs-gif.fr

Contact communication

Sylvie Salamitou, Evolution, Génomes, Comportement et Ecologie (EGCE – CNRS/Univ. Paris Sud/IRD)
Email : sylvie.salamitou@egce.cnrs-gif.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/