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L’épigénétique au secours de la division cellulaire …

par Frédéric Magné - publié le

Au cours de la division cellulaire, la répartition du patrimoine génétique entre les cellules filles doit être scrupuleusement contrôlée pour assurer la stabilité génétique. La « ségrégation » correcte des chromosomes est ainsi dépendante de mécanismes complexes impliquant de nombreux facteurs. Des chercheurs du laboratoire de Biologie cellulaire et moléculaire du contrôle de la prolifération dévoilent un mécanisme inédit, mettant en jeu des enzymes qui modifient les protéines associées à l’ADN, et qui pourrait jouer un rôle important dans la division des cellules cancéreuses. Cette étude est publiée dans la revue Molecular Biology of the Cell.


La transmission fidèle de l’information génétique est un élément clé de la division des cellules qui permet d’assurer le renouvellement des cellules et donc le fonctionnement normal des organes tout au long de la vie de l’individu. Mais la répartition des chromosomes entre les cellules filles doit être strictement surveillée pour assurer la stabilité génétique. Ainsi, cette répartition (appelée aussi « ségrégation ») est contrôlée par des mécanismes complexes et dépendante de nombreux facteurs, dont certains assurent la compaction de régions chromosomiques particulières, les péricentromères, nécessaires à la ségrégation des chromosomes.
Au sein du nouveau Centre de Biologie Intégrative (CBI) de Toulouse, l’équipe de Didier Trouche (CBI-LBCMCP) met en évidence un mécanisme inédit de compaction des péricentromères qui pourrait être mis en jeu lorsque les mécanismes usuels sont déficients. De ce fait, ce mécanisme de « secours » serait impliqué dans des situations pathologiques caractérisées par une importante instabilité génétique, telles que les cancers.
Cette nouvelle voie de régulation de la division cellulaire fait intervenir des facteurs qui se lient à la chromatine (ensemble ADN/protéines histones) et qui en modifient le degré de compaction. C’est le cas de l’enzyme de modification de la chromatine Tip60 qui, en acétylant les protéines histones, favorise le recrutement d’un partenaire, la protéine BRD2, qui induit la compaction de la chromatine. Les péricentromères ainsi compactés sont fonctionnels et permettent à la cellule de se diviser tout en limitant l’instabilité génétique.
Cette découverte apporte ainsi de nouveaux éléments pour comprendre comment se divisent les cellules dont les mécanismes normaux sont altérés et les processus qui assurent la transmission de l’information génétique de manière stable et fidèle. Ce travail pourrait déboucher sur l’identification de nouvelles pistes thérapeutiques, dites « épigénétiques », ciblant la prolifération des cellules anormales.

Dans les cellules déficientes en facteur de compaction BDR2 ou en enzyme de modification TIP60 de la chromatine, l’ADN centromérique est moins compact (panneau du haut à droite), ce qui se traduit par une mauvaise répartition des chromosomes entre les cellules filles lors de la division cellulaire. Certaines cellules se caractérisent alors par un nombre élevé et aberrant de chromosomes (panneau du bas à droite). © Aude Grézy. Fabrice Escaffit

 class= Références

"Control of genetic stability by a new heterochromatin compaction pathway involving the Tip60 histone acetyltransferase", Grézy A, Chevillard-Briet M, Trouche D & Escaffit F., Mol Biol Cell, 2015 Dec 23.

Contact chercheur

Fabrice Escaffit
Laboratoire de Biologie Cellulaire et
Moléculaire du Contrôle de la Prolifération
CNRS UMR 5088 - Université Paul Sabatier
Centre de Biologie Intégrative de Toulouse - CBI FR3743
118, Route de Narbonne - Bât. 4R3B1
31062 TOULOUSE cedex 09
Tél. : 05 61 55 81 84
Email : fabrice.escaffit@univ-tlse3.fr

Source : CNRS-INSB http://www.cnrs.fr/insb/

Crédits vignette : © Lise Mattera © Martine Briet