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L’identité et la taille des poissons conditionnent le recyclage des nutriments dans les écosystèmes aquatiques d’eau douce

(Gael Grenouillet & Sébastien Brosse)

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Les poissons représentent une part importante de la biomasse dans les écosystèmes aquatiques et influencent par conséquent leur fonctionnement. Ainsi la pression de prédation qu’ils exercent sur leurs proies affecte par cascade trophique l’abondance des producteurs primaires et le cycle des nutriments (en particulier l’azote et le phosphore) que ces derniers prélèvent pour leur croissance. De plus, comme tous les animaux les poissons rejettent une partie des nutriments initialement piégés dans leur proies sous forme de déchets métaboliques. Néanmoins, cette capacité des poissons à recycler les nutriments reste encore largement méconnue.
Des chercheurs des laboratoires EDB et ECOLAB ont mené conjointement une étude visant à quantifier les capacités d’excrétion de 470 individus appartenant aux 18 espèces de poissons les plus couramment rencontrées en France. Ces données ont permis de mettre en évidence que les petits poissons tendent à excréter plus par unité de masse que les grands. Par exemple, un kilo de vairons (Phoxinus phoxinus) ayant un poids individuel de 1.8g excrète 6 fois plus d’azote et 14 fois plus de phosphore qu’un kilo de chevesne (Squalius cephalus) ayant un poids individuel de 90g.
Cette étude démontre également une forte variabilité de capacités d’excrétion entre les différentes espèces. Ainsi à biomasse équivalente, le goujon (Gobio gobio) excrète 8 fois moins d’azote et 1.5 fois plus de phosphore que l’ablette (Alburnus alburnus) alors que ces deux espèces ont des poids individuels similaires.
 

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Vairon (Phoxinus phoxinus) - Gorges du Tarn © Photo : G. Grenouillet

Cette variabilité interspécfique n‘est pas influencée par l’origine phylogénétique des espèces mais est probablement à mettre en relation avec le régime alimentaire et la composition des tissus de chaque espèce.
Les résultats de cette étude suggèrent que les modes de gestion des peuplements de poissons d’eau douce en termes de composition en espèces et de taille légale de capture sont susceptibles de largement influencer le fonctionnement de l’écosystème aquatique en modifiant les capacités de recyclage des nutriments par les poissons.
 

 Référence


"Intra- and interspecific differences in nutrient recycling by European freshwater fish".Sebastien Villeger, Gael Grenouillet, Virginie Suc & Sébastien Brosse, Freshwater Biology, Volume 57, Issue 11, pages 2330–2341, November 2012


Contact chercheur

Sébastien Villeger & Sébastien Brosse