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L’impact du prédateur sur les écosystèmes ne se limite pas à la consommation de proies

by Frédéric Magné - published on , updated on

L’impact des prédateurs sur leur milieu ne se limite pas à la consommation des proies et à leur corollaire éventuel : la régulation des populations animales. En étudiant un écosystème de rivière forestière, des chercheurs français du laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement - ECOLAB (CNRS/Univ. Toulouse 3/INP Toulouse) ont montré que le prédateur étudié – Polycelis felina, un ver plat carnivore – avait une influence notable sur l’habitat de ses proies et la quantité de nourriture disponible.


 

Le ver plat Polycelis felina (© Nabil Majdi)
 

Ils ne sont pas très sexy, mais les vers plats sont d’excellents candidats pour étudier l’impact des prédateurs sur le fonctionnement des écosystèmes. Ces prédateurs, petits mais voraces, se nourrissent d’invertébrés (larves de moustiques, microcrustacés…), eux-mêmes particulièrement friands de microorganismes. Pour étudier le rôle écologique de Polycelis felina dans les rivières forestières, une équipe de chercheurs français a créé de véritables microcosmes en milieu naturel. Pour ce faire, des petites cages remplies de feuilles mortes ont été plongées dans une rivière de la Montagne Noire, dans le sud-ouest de la France. « Au bout d’un mois, les microcosmes étaient prêts à recevoir les prédateurs : les décomposeurs microbiens avaient colonisé les feuilles et les invertébrés s’y étaient implantés », raconte Antoine Lecerf, enseignant-chercheur à Ecolab et co-auteur de l’étude parue dans Journal of Animal Ecology. Les scientifiques ont alors expérimenté trois scénarios différents : absence du ver plat, présence de trois ou neuf de ces prédateurs.

 

Les chercheurs ont plongé des cages dans cette rivière de la Montagne Noire, dans
lesquelles ils ont recréé toute une chaîne alimentaire : des feuilles mortes, des bactéries,
des invertébrés et un super prédateur, le ver plat P. felina (© Nabil Majdi)


 

Pour chaque scénario, tous les paramètres ont été mesurés : décomposition des feuilles, populations microbiennes, communautés d’invertébrés présentes dans les litières… Résultat : plus il y a de prédateurs dans la cage, plus la décomposition des débris végétaux à la base de la chaîne alimentaire augmente. Plus étonnant encore : contrairement à ce qu’on pourrait penser, le nombre de proies ne diminue pas en présence de prédateurs. « La présence du prédateur augmente la quantité d’habitats disponibles pour ses proies, mais aussi la quantité de nourriture potentielle », explique Antoine Lecerf.

La raison ? Les vers plats piègent leurs proies en déposant sur les feuilles un mucus collant qui permet également de fixer les sédiments transportés par le courant. Or les petits invertébrés adorent se loger dans ces sédiments. Le mucus constitue également une source complémentaire de nourriture pour les décomposeurs microbiens… « Cette étude apporte une nouvelle confirmation que les prédateurs ne se contentent pas de modifier l’écosystème en mangeant des animaux ; ils agissent aussi sur le milieu via des mécanismes encore mal compris ».
 

 Référence

"Predator effects on a detritus-based food web are primarily mediated by non-trophic interactions", Nabil Majdi, Anatole Boiché, Walter Traunspurger et Antoine Lecerf, Journal of Animal Ecology, Jan 2014
 

Contact chercheur

Antoine Lecerf
Laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (ECOLAB) – CNRS / Univ. Toulouse 3 / INP Toulouse
Tél. : 05 61 55 89 05
Mél. : antoine.lecerf@univ-tlse3.fr
 

Contact communication

Alain Dauta
Laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (ECOLAB) – CNRS / Univ. Toulouse 3 / INP Toulouse
Tél. : 05 61 55 89 16
Mél. : alain.dauta@univ-tlse3.fr