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La pêche à l’espadon, une pêche au gros ancestrale

par Frédéric Magné - publié le

Les pratiques de pêches anciennes en Amérique du Sud sont relativement bien connues. Néanmoins, une équipe internationale d’archéologues composée notamment de Philippe Béarez, archéozoologue de l’unité Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE – CNRS/MNHN), vient de faire une découverte étonnante sur le site chilien de Zapatero. Des restes d’espadons et de marlins datant, pour les plus anciens, du sixième millénaire avant notre ère, ont été mis au jour. L’exploitation de si gros poissons à une période si reculée n’avait jamais été mise en évidence auparavant. Les résultats de ces travaux, publiés dans Journal of Anthropological Archaeology, offrent une nouvelle vision des pratiques de pêche et de navigation côtière de l’époque.

© P. Béarez – CNRS

Bien connus des archéologues, les amas coquilliers renferment de précieuses informations sur le mode de vie et les pratiques de pêche à travers les âges. Ce type de monticule, situé à proximité du littoral, dissimule en effet un grand nombre de coquilles mais aussi des restes de poissons, de mammifères marins, de crustacés, d’oiseaux, des traces d’anciens foyers et des artefacts humains. L’amas coquillier de Zapatero, situé au Nord du Chili, a ainsi été constitué par des populations de pêcheurs qui vivaient là de façon potentiellement saisonnière, entre -7 400 et -5 900 ans. « On m’a invité à participer à la fouille de ce site car je suis archéo-ichtyologue spécialiste des pêches précolombiennes et qu’ils avaient besoin de mon expertise pour identifier les espèces exhumées », raconte Philippe Béarez, co-auteur de l’étude. « Je m’attendais à voir de petits poissons comme des sardines, des anchois ou des chinchards, très communs dans les sites côtiers de cette époque. J’ai donc été très surpris de découvrir des vertèbres de 6 ou 7 cm de long, poursuit le chercheur. On a rarement l’occasion de trouver de si gros spécimens et l’identification n’a pas été simple ». Au tableau de chasse de l’archéologue : 11 espadons, 31 marlins, des requins mako et aussi des restes de harpons à tête détachable. Des indices suffisant pour laisser penser à des pratiques de pêches régulières. Mais si la pêche est une activité très ancienne, qui remonte à plus de 70 000 ans, il s’agit le plus souvent de pêche à la ligne ou au filet le long du rivage. Jamais encore il n’avait été envisagé que les hommes soient capables d’attraper de si gros poissons (300 kg pour les plus gros) dès le 6e millénaire avant notre ère. « Ce serait le premier exemple de pêche à l’espadon et au marlin à travers le globe pour des périodes aussi reculées  », souligne Philippe Béarez.

Ces résultats soulèvent néanmoins une nouvelle question : comment les pêcheurs s’y prenaient-ils pour ramener de tels colosses jusqu’à la terre ferme ? « Outre une embarcation, il faut aussi avoir développé un savoir-faire et une technique de pêche spécifique avec un lasso, un filet ou un harpon. On peut aussi imaginer qu’ils faisaient comme les pêcheurs du Golfe du Maine, sur la côte nord-est de l’Amérique du Nord, et attachaient des flotteurs en peau d’otaries à la ligne de leur harpon pour laisser les espadons s’épuiser tout seuls », imagine Philippe Béarez.

© P. Béarez – CNRS

 class= Références

"Billfish foraging along the northern coast of Chile during the Middle Holocene (7400–5900 cal BP)", Philippe Béarez, Felipe Fuentes-Mucherl , Sandra Rebolledo, Diego Salazar et Laura Olguín, Journal of Anthropological Archaeology, le 21 janvier 2016.

Contact chercheur

Philippe Béarez, Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE) - CNRS/MNHN
Email : bearez@mnhn.fr

Contact communication

Myriam MEZIOU, Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE) - CNRS/MNHN
Email : myriam.meziou@mnhn.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/