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La souris a colonisé nos maisons il y a 15 000 ans

par Frédéric Magné - publié le

 

L’impact de l’activité humaine sur la biodiversité est un phénomène écologique global qui touche quasiment tous les écosystèmes de notre planète. Mais les premières étapes de l’impact d’Homo sapiens sur son écologie demeurent mal connues et nécessitent une exploration fine du registre paléontologique et archéologique. En collaboration avec des collègues de l’université d’Haïfa et de Jérusalem, des chercheurs du Muséum et du CNRS ont voulu savoir si, dans la trajectoire vers l’agriculture, la sédentarisation des sociétés de chasseurs cueilleurs au Proche Orient au cours du Paléolithique supérieur avait pu être le véritable catalyseur de l’émergence du commensalisme de la souris, plusieurs millénaires avant l’adoption du mode de vie agricole. Les résultats de cette étude ont été publiés dans les PNAS le 27 mars 2017.

Souris domestique (Mus musculus) – © George Shuklin / CC BY-SA 1.0

 
La souris grise ou souris domestique (Mus musculus sp.) est un cas emblématique de cette anthropisation de la biodiversité. Cette espèce commensale (cum mensa : manger à la même table en latin) de l’homme est aujourd’hui presque aussi répandue que ce dernier à la surface du globe. Cette relation lui a permis de coloniser tous les milieux et de devenir un des mammifères les plus invasifs de la planète. Le nom vernaculaire « souris domestique » n’est pas correct car ces souris vivent certes dans nos maisons (domus), mais elles n’en demeurent pas moins des populations sauvages qui ont envahi notre environnement de façon naturelle. Toute la question pour les archéozoologues fut, au cours de ces 30 dernières années, de comprendre quand et comment cette relation s’est mise en place pour mieux comprendre l’impact écologique de l’évolution des sociétés humaines. Jusqu’à présent les scientifiques pensaient que l’origine de cette relation était liée à la construction de la niche écologique des premières sociétés humaines pratiquant l’agriculture, il y a environ 10 000 ans. Les champs cultivés et le stockage des grains dans les villages sédentaires des premiers agriculteurs auraient constitué une nouvelle niche écologique colonisée par la souris.

Pour cette étude, les chercheurs, ont examiné l’évolution de la communauté des murinés du genre Mus au Proche Orient sur une séquence paléontologique et archéologique comprise entre 200 000 et 10 000 ans, c’est-à-dire avant et tout au long du processus de sédentarisation jusqu’à l’apparition des premiers villages d’agriculteurs. D’autre part ils ont étudié des populations actuelles de murinés du genre Acomys dans les villages semi-nomades Massai au Kenya comme modèle d’une diversité issue d’un habitat de sociétés mobiles, comparable à celui des sociétés du Paléolithique récent du Proche Orient.

Les résultats de cette étude parue dans les prestigieux compte rendus de l’académie des sciences des Etat Unis (PNAS) démontrent que la sous-espèce de souris grise Mus musculus domesticus a complètement colonisé les premiers villages sédentaires de culture natoufienne il y a 15000 ans, soit 5000 ans avant les débuts de l’agriculture. Avec le retour vers plus de mobilité de ces sociétés natoufiennes, aux alentours de -13000, nous observons que domesticus partage la niche commensale avec la souris à queue courte (Mus macedonicus) dans les mêmes proportions que celles observées entre les deux taxons de souris des villages nomades Massai.

La niche écologique et les nouvelles ressources alimentaires créées par les premiers villages sédentaires du Proche Orient il y a 15 000 ans ont favorisé l’émergence des premières populations de souris commensale, démontrant ainsi l’ancienneté de notre impact biologique sur l’environnement.
 
 
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"The origins of house mice in ecological niches created by settled hunter-gatherers in the Levant 15,000 y ago", Weissbrod, L., Marshall, F., Valla, F., Khalaili, H., Bar-Oz, G., Auffray, J.-C., Vigne, J.-D. &, Cucchi, T., publié le 27 mars 2017 dans Proceeding of the National Academic Science (PNAS).
 
Contact chercheur

Thomas Cucchi, Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE) – CNRS / MNHN
Email : cucchi@mnhn.fr
 
Contact communication

Myriam Meziou, Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (AASPE) – CNRS / MNHN
Email : myriam.meziou@mnhn.fr
 
 
Source : CNRS INEE http://www.cnrs.fr/inee