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Le Grand Hamster menacé par les pluies et la monoculture de maïs

par Frédéric Magné - publié le

Malgré des mesures de protection nationales et européennes, les populations de Grands Hamsters ne cessent de diminuer ; on compte aujourd’hui moins de 3 individus par hectare en Europe de l’ouest1. Les raisons de ce déclin sont encore mal connues, même si les pratiques agricoles et les changements climatiques sont régulièrement pointés du doigt. Pour élucider la question, une équipe de recherche de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (CNRS/Université de Strasbourg), en collaboration avec l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, a décidé d’étudier l’évolution de la masse corporelle du hamster au cours du siècle passé. Les résultats, publiés dans Scientific reports, sont sans appel : le petit rongeur a perdu 21% de sa masse corporelle en raison de l’augmentation des pluies hivernales et de l’intensification de la monoculture de maïs.


© Mireille MASSON-PEVET/CNRS Photothèque

Le Grand Hamster est l’un des mammifères les plus menacés d’Europe. Aujourd’hui, moins de 1 000 individus sont recensés en Alsace2, seule région de l’hexagone où l’on peut encore croiser l’animal. « Les mesures de protection mises en place consistent à relâcher des animaux d’élevage pour renforcer les populations. Malgré cela, il est impossible de stabiliser les populations ; les effectifs de Grands Hamsters ne cessent de diminuer  », résume Caroline Habold, écophysiologiste à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien. Même si la monoculture de maïs et l’urbanisation semblent jouer un rôle important dans la destruction et le morcellement de l’environnement du Grand Hamster, aucun lien de cause à effet n’a pu être établi à ce jour. De même, les changements climatiques sembleraient également affecter les populations. Mais là encore, aucune preuve n’a pu être avancée.

Pour tenter d’élucider les raisons de ce déclin, les chercheurs menant cette étude ont commencé par analyser une base de données référençant la masse corporelle de 1 468 individus au sortir de l’hibernation, entre 1937 et 2014. Premier résultat : le Grand Hamster a perdu, sur cette période, 21 % de sa masse corporelle – sachant que la masse corporelle des mammifères est directement corrélée au succès reproducteur et à la dynamique des populations. Par ailleurs, en croisant ces données avec les variations du climat et des pratiques agricoles sur la même période, les chercheurs ont pu mettre en évidence un lien direct entre la chute de masse corporelle des Grands Hamsters, l’augmentation des pluies hivernales et l’intensification de la monoculture de maïs. « On peut imaginer que l’augmentation des épisodes pluvieux hivernaux, directement liée au changement climatique, soit néfaste à la bonne conservation des aliments stockés dans les terriers, analyse Caroline Habold. Quant au maïs, il n’est pas disponible au sortir de l’hibernation. Le Grand Hamster ne dispose alors ni de nourriture ni de couvert végétal pour se protéger des prédateurs. »

Jusqu’à présent, les solutions envisagées pour tenter de réhabiliter le Grand Hamster se sont montrées très contraignantes pour les agriculteurs et n’ont pu aboutir à un état de conservation viable – le seuil de viabilité de l’espèce en Alsace étant estimé à 1 500 individus. Cette étude devrait ainsi aider à trouver des solutions de réhabilitation pérennes, comme le sous-semis de trèfle, par exemple, entre les rangs de maïs pour offrir nourriture et couvert végétal aux Grands Hamsters tout au long de l’année. Des solutions qui pourraient être, à terme, transposées à d’autres pays européens.

Répartition des terriers de grand hamster en Alsace © HABOLD Caroline

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1 IUCN
2 DREAL, campagne de comptage ONCFS 2015

 class= Référence

"How maize monoculture and increasing winter rainfall have brought the hibernating European hamster to the verge of extinction", Mathilde L. Tissier, Yves Handrich, Jean-Patrice Robin, Mathieu Weitten, Paul Pevet, Charlotte Kourkgy & Caroline Habold, Scientific Report, 6 mai 2016.

Contact chercheur

Carole Habold, Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) - CNRS/Université de Strasbourg
Email : caroline.habold@iphc.cnrs.fr

Contact communication

Nicolas Busser, Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) - CNRS/Université de Strasbourg
Email : nicolas.busser@iphc.cnrs.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/