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Le climat se réchauffe, les Alpes verdissent

par Frédéric Magné - publié le

 

Une étude menée au Laboratoire d’Ecologie Alpine en partenariat avec le Parc National des Ecrins montre que les hautes montagnes de l’Oisans sont aujourd’hui davantage recouvertes de végétation qu’elles ne l’étaient il y a trente ans. C’est l’utilisation d’images satellites de haute résolution qui a permis de déceler cette tendance au verdissement dans les secteurs d’altitude du parc national. On connaissait déjà le verdissement de la zone arctique mais c’est la première fois qu’une étude détaillée indique qu’un phénomène semblable est à l’œuvre dans les Alpes françaises.

 

Bassin et moraine du glacier noir - Joël Faure/Parc national des Écrins

 
En altitude, le développement des végétaux est limité par la courte saison de végétation due à un enneigement prolongé et par les faibles températures estivales. Or, depuis le milieu des années 80, la durée de l’enneigement dans les Alpes françaises s’est significativement réduite et les températures estivales ont augmenté. Les chercheurs donc cherché à voir si ce changement climatique s’était traduit par une réponse de la végétation de montagne au cours des trente dernières années. Ils ont également voulu comprendre quels étaient les types de végétation qui répondaient le plus à ces évolutions du climat. Le travail, coordonné par Philippe Choler et Wilfried Thuiller, a été mené dans le cadre de la thèse de Brad Carlson. Il a bénéficié de l’étroite collaboration du service scientifique du Parc National des Écrins.

Toutes les images d’archive des satellites Landsat disponibles pour la période 1984-2015 ont été analysées. Les indices de végétation calculés à partir de ces images livrent une estimation de la quantité de chlorophylle présente dans des pixels d’une résolution d’environ 30 m. L’ensemble du territoire du Parc National des Écrins avec ses 150 sommets culminant à plus de 3000 m a été étudié. La connaissance fine de la distribution de la végétation (forêts, landes, alpages, habitats peu ou pas végétalisés) ainsi que celle de l’utilisation des terres (notamment les pratiques pastorales) ont constitué un atout majeur pour l’interprétation des résultats.

Entre 1984 et 2015, les deux-tiers de la surface du parc montrent une tendance significative au verdissement alors que moins de 5 % des surfaces montrent une tendance inverse. Un résultat marquant est que cette tendance est particulièrement nette à l’étage nival, c’est-à-dire dans la tranche d’altitude située entre la limite supérieure des alpages et la limite inférieure des neiges permanentes. Il s’agit d’une zone faiblement végétalisée dominée par des éboulis, des vires rocheuses, des cordons morainiques, etc. L’analyse complémentaire de photographies aériennes et des échanges avec les agents du parc confirment que la colonisation végétale de ces zones au cours des trois dernières décennies est très nette.

Les chercheurs observent que, contrairement à une idée répandue, les plantes de haute altitude sont parmi les grandes bénéficiaires du réchauffement climatique observé ces dernières décennies en Oisans. Avec la diminution de la durée d’enneigement et le réchauffement estival, une fraction importante de l’étage nival se transforme en habitat favorable pour ces plantes. Les auteurs de l’étude montrent également que, sauf cas isolés, les modes d’utilisation de l’espace pastoral en Oisans n’ont aucune incidence notable sur les évolutions observées.
 

Benoîte rampante (Geum reptans) sur moraine du glacier des Rouies
Cédric Dentant/Parc national des Écrins

 
Des études similaires sont en cours sur d’autres massifs des Alpes françaises, au premier rang desquels le massif du Mont Blanc, et ce afin de mieux saisir les liens entre climat régional, utilisation des terres et dynamique de végétation. En parallèle, des observations au sol plus approfondies sont conduites pour parfaire la connaissance des mécanismes en jeu dans les secteurs montrant de fortes réponses. Tous ces enjeux de connaissance sont au cœur du programme Sentinelles des Alpes soutenu par l’Agence Française pour la Biodiversité, et qui se déploie aujourd’hui à l’échelle des Alpes françaises en rassemblant des partenaires académiques, des gestionnaires d’espaces protégés et des utilisateurs de la montagne.

Moraine du glacier noir - Mireille Coulon/Parc national des Écrins

Moraine du glacier du Casset - Bernard Nicollet/Parc national des Écrins

 
 class= Référence

"Observed long-term greening of alpine vegetation – a case study in the French Alps", Carlson, B.Z., Corona, M.C., Dentant, C., Bonet, R., Thuiller, W., Choler, P, Environmental Research Letters, 2017.
 
Contact chercheurs

Philippe CHOLER – Laboratoire d’Ecologie Alpine - LECA (CNRS / Université Grenoble Alpes)
E-mail : philippe.choler@univ-grenoble-alpes.fr
 
 
Source : CNRS http://www.cnrs.fr/inee