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Le réchauffement climatique pourrait favoriser la croissance de vibrions dans les lagunes languedociennes

par Frédéric Magné - publié le

Les vibrions sont des bactéries des milieux marins côtiers dont certaines espèces provoquent chez l’homme, gastro-entérites et infections cutanées. En France, ces microorganismes sont notamment présents dans les lagunes qui bordent le littoral méditerranéen dès lors que la température de l’eau dépasse 15°C. Dans deux études publiées récemment, une équipe franco-américaine composée de chercheurs de l’équipe "Pathogènes Hydriques Santé Environnement" du laboratoire HydroSciences Montpellier (HSM – CNRS/IRD/Univ. Montpellier) a démontré que, lorsque l’eau de ces lagunes dépasse 15°C, une diminution brutale de la salinité favorise la croissance des populations de vibrions. Afin de prévenir le risque épidémique associé à la prolifération de ces bactéries, les chercheurs préconisent la mise au point d’un modèle dynamique.


Photographie aérienne du Golfe d’Aigues Mortes, des lagunes (Etang du Méjean, Etang de Mauguio),
du canal du Rhône à Sète qui traverse les lagunes et des villes (du bas vers le haut) de Palavas les
Flots, Carnon, La Grande Motte.© P. Monfort

Parmi la centaine d’espèces que compte le genre Vibrio, douze sont des bactéries pathogènes pour l’homme dont trois représentent un danger majeur pour la santé publique. Outre le redoutable Vibrio cholerae, l’agent responsable du choléra, V. parahaemolyticus, V. vulnificus et V. cholerae non cholérique, sont responsables de nombreuses infections transmises par l’eau, la consommation de coquillages et de produits de la mer crus ou insuffisamment cuits. En France, ces trois espèces de vibrions pathogènes sont notamment présentes dans les lagunes qui jalonnent le littoral languedocien dès lors que la température de l’eau dépasse 15°C.

Une équipe internationale réunissant des chercheurs du Laboratoire HydroSciences de Montpellier (CNRS / IRD / Université de Montpellier), du Laboratoire Santé, Environnement et Microbiologie (Ifremer Brest) et de l’Université du Maryland (États-Unis), a réalisé la première étude sur la dynamique des trois espèces de vibrions pathogènes qui vivent dans ces écosystèmes côtiers. Entre la fin de l’été et la fin de l’automne 2011, les scientifiques ont mesuré le niveau de concentration de ces bactéries dans plusieurs lagunes du Golfe d’Aigues Mortes. Ils ont ensuite croisé ces résultats avec l’évolution de la salinité et de la température de l’eau tout au long de cette période : «  Nous avons constaté que la chute brutale de la salinité consécutive aux fortes pluies automnales, qui affectent la région en cette saison était associée à une explosion de la concentration de vibrions dans les lagunes », précise Patrick Monfort, chercheur au Laboratoire HydroSciences et co-auteur de ces travaux.

Les chercheurs se sont ensuite intéressés au potentiel de virulence de ces vibrions. En étudiant la diversité génétique des souches de V. cholerae et de V. parahaemolyticus issues des lagunes languedociennes, ils ont identifié des sous-populations impliquées dans les infections humaines. La fréquence élevée des évènements de recombinaison au sein de ces populations bactériennes traduit par ailleurs leur capacité à acquérir facilement des gènes de virulence accentuant ainsi le risque épidémiologique. Un risque d’autant plus important que, dans les années à venir, le réchauffement climatique va provoquer un allongement de la période durant laquelle la température de l’eau des lagunes sera suffisamment élevée pour permettre le développement des vibrions.

« Le réchauffement climatique va également augmenter la fréquence et l’intensité des pluies, prévient Patrick Monfort. Canalisés vers les lagunes du Golfe d’Aigues Mortes, ces grands volumes d’eau douce abaisseront ponctuellement le taux de salinité à un niveau propice au développement des populations de vibrions. » Pour anticiper le risque sanitaire lié à l’augmentation de la concentration soudaine de ces bactéries, les scientifiques recommandent de mettre en place un modèle capable de prédire leur présence dans les lagunes. Reposant sur des mesures régulières de température et de salinité, ce dispositif pourrait notamment aider les autorités à mieux anticiper les risques associés à la consommation des coquillages provenant de ces écosystèmes.

 class= Références

"Highly diverse recombining populations of Vibrio cholerae and Vibrio parahaemolyticus in French Mediterranean coastal lagoons", E. Esteves, T. Mosser, F. Aujoulat, D. Hervio-Heath, P. Monfort et E. Jumas-Bilak, Frontiers in Microbiology, le 16 juillet 2015

"Rapid proliferation of Vibrio parahaemolyticus, Vibrio vulnificus and Vibrio cholerae during freshwater flash floods in French Mediterranean coastal lagoons", K. Esteves, D. Hervio-Heath, T. Mosser, C. Rodier, M.-G. Tournoud, E. Jumas-Bilak, R.R. Colwell et P. Monfort, Applied and Environmental Microbiology, Novembre 2015.

Contact chercheur

Patrick Monfort
HydroSciences Montpellier (HSM) – CNRS / Univ. Montpellier / IRD
Email : patrick.monfort@univ-montp2.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/