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Les chasseurs-cueilleurs mésolithiques ont eu accès à des cochons domestiques

by Frédéric Magné - published on , updated on

On sait que les premiers animaux domestiques ont été introduits en Europe par les populations d’agriculteurs néolithiques originaires du Proche-Orient, mais les conditions dans lesquelles les populations locales de chasseurs-cueilleurs mésolithiques ont eu accès à ces animaux sont encore débattues. Une étude internationale, conduite notamment par des chercheurs du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle, montre que des populations mésolithiques du Nord de l’Allemagne ont consommé des cochons domestiques bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé...


Des chasseurs-cueilleurs européens ont acquis des cochons domestiques dont la couleur de la robe devait ressembler à celle de ce cochon moderne - ©Ben Krause-Kyora

Dans quelles conditions et à quelle vitesse la domestication des espèces animales s’est-elle répandue en Europe ? Si les premiers animaux domestiques sont arrivés avec les populations d’agriculteurs néolithiques venues du Proche-Orient, on sait peu de choses sur la façon dont les populations de chasseurs-cueilleurs locales ont pu y avoir accès. Seule certitude : agriculteurs et chasseurs-cueilleurs ont vécu côte à côte durant 700 ans au moins… Une étude internationale menée sur les restes de cochons et sangliers provenant des sites néolithiques et mésolithiques du nord de l’Allemagne et de communautés agricoles voisines vient jeter un pavé dans la mare : « on y montre que les populations mésolithiques Ertebolle ont consommé des cochons domestiques au moins dès 4720-4582 avant notre ère, indique Allowen Evin, biologiste en post-doc au laboratoire Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnement (CNRS/MNHN). C’est 500 ans plus tôt que ce qu’on imaginait ! »

Le travail n’a pas été aisé : si les chèvres et les moutons retrouvés sur les sites archéologiques européens proviennent forcément de souches domestiquées au Proche-Orient - la forme ancestrale sauvage de ces animaux est absente d’Europe -, les restes de cochons sont plus difficiles à attribuer, du fait de l’existence de sangliers européens à la même période. 63 individus de l’espère Sus scrofa (qui regroupe les cochons et les sangliers) ont été examinés avec une approche pluridisciplinaire : analyses de l’ADN mitochondrial (qui porte un marqueur géographique – Europe ou Proche-Orient), de l’ADN nucléaire (qui porte un gène informatif sur la coloration du pelage) et, enfin, analyses morphométriques consistant à examiner la taille mais aussi la forme des dents. Le résultat est sans appel : « il y a bien des cochons domestiques dans les sites Ertebolle et certains sont plus grands que ce qu’on imaginait auparavant », indique Allowen Evin. Preuve que ces populations mésolithiques ont vraisemblablement consommé des cochons domestiques durant plusieurs siècles, tout en conservant leurs traditions de chasse et de cueillette. Le mystère de leur acquisition reste néanmoins entier : ces cochons proviennent-ils d’échanges avec les populations voisines d’agriculteurs, ou s’agit-il de spécimens évadés et prélevés en pleine nature ?

 Référence :

"Use of domesticated pigs by Mesolithic hunter-gatherers in northwestern Europe", Ben Krause-Kyora, Cheryl Makarewicz, Allowen Evin, Linus Girdland Flink, Keith Dobney, Greger Larson, Sönke Hartz, Stefan Schreiber, Claus von Carnap-Bornheim, Nicole von Wurmb-Schwark et Almut Nebel, Nature Communications, Août 2013

Contact chercheur

Allowen EVIN, laboratoire Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (CNRS/MNHN).
Tél. : 01 40 79 33 10
Mél : evin@mnhn.fr