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Les femelles bisons, chef de file de la majorité

par Frédéric Magné - publié le

Considérée encore comme une espèce vulnérable par l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), les bisons d’Europe ont vu ces dernières décennies leur nombre s’accroitre. Comme d’autres mammifères, les bisons d’Europe forment des sociétés de fission-fusion, caractérisées par des associations instables entre les individus. En effet, les bisons n’ont pas de leader mais lorsqu’ils se déplacent, tous vont dans la même direction. Comment se coordonnent-ils ? Une équipe de scientifiques de l’Institut Pluridisciplinaire Hubert CURIEN (CNRS/Université de Strasbourg) ont mis en évidence que les femelles initiaient davantage le mouvement et que la direction choisie était votée à la majorité. Ces résultats ont été publiés dans la revue Animal Behaviour le 21 septembre 2015.

Chez ces ongulés sauvages, il n’y a pas de leader à proprement parler mais des initiateurs de mouvement. Généralement, l’initiateur se lève et se détache du groupe dans une direction donnée tandis que les autres bisons suivent ou non le mouvement initié. Au cœur de la réserve des Monts d’Azur, dans le domaine français du Haut-Thorenc, le comportement d’une quarantaine de bisons a été scruté avec attention par l’équipe de Cédric Sueur, éthologue à l’Institut Pluridisciplinaire Hubert CURIEN. Trois mois durant, quatre heures par jour, les scientifiques ont noté toutes les informations nécessaires à la compréhension de leurs déplacements : sexe et âge du bison initiateur de mouvement, orientation des bisons au cours de la phase de décision, nombre d’individus suivant le mouvement, etc. «  Les processus de décisions collectives sont essentiels chez les animaux qui vivent en groupe pour maintenir la cohésion, partager des informations et faire face à d’éventuels prédateurs, explique Cédric Sueur. Jusqu’à maintenant, ils ont été étudiés chez de nombreuses espèces (fourmis, abeilles, babouins, buffles…) mais jamais de façon directe chez les bisons. »

Premier résultat de l’étude : les femelles sont 45% fois plus suivies que les mâles. « Les femelles gestantes ou allaitantes sont souvent les premières à bouger car elles ont des besoins alimentaires importants, remarque Cédric Sueur. Par ailleurs, elles ont une meilleure connaissance du milieu et des endroits où il y a de la nourriture  ». Autre résultat intéressant : les déplacements sont « votés » à la majorité. Comment les bisons s’y prennent-ils ? Avant l’initiation du mouvement, chacun s’oriente dans la direction qu’il souhaite prendre et, au final, le groupe se dirige dans la direction indiquée par la majorité. «  Il s’agit là d’un processus de « vote » que l’on pensait exclusif à l’espèce humaine mais qui existe chez de nombreuses espèces, chez les ongulés notamment », souligne l’éthologue.

Ce type d’informations pourrait notamment aider à maintenir et à suivre, à moindre coût, les populations de bisons au sein des réserves naturelles dépourvus de clôtures – ce qui est très fréquent aux États-Unis. Il suffirait alors d’équiper d’un collier GPS électrique les bisons les plus influents et non l’ensemble du groupe.

 class= Référence

"Collective decision making during group movements in European bison, Bison bonasus", Amandine Ramos, Odile Petit, Patrice Longour, Cristian Pasquaretta et Cédric Sueur, Animal Behaviour, 21 Septembre 2015.

Contact chercheur

Cédric Sueur, Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) – CNRS / Université de Strasbourg
Tél. : 03 88 10 74 53
Email : cedric.sueur@iphc.cnrs.fr

Contact communication

Nicolas Busser, Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) – CNRS / Université de Strasbourg
Tél. : 03 88 10 66 66
Email : nicolas.busser@iphc.cnrs.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/