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Les fourmis redessinent la steppe

par Frédéric Magné - publié le

La très grande diversité des relations entre les fourmis et les plantes est déjà bien connue. Mais les fourmis peuvent-elles aller jusqu’à modifier la configuration de la végétation dans laquelle elles vivent ? Après avoir étudié le stock de graines et les germinations dans les dépotoirs que les fourmis réalisent aux entrées de leurs nids, des chercheurs de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE - CNRS/Aix-Marseille Université/Université d’Avignon/IRD) montrent que non seulement les fourmis concentrent les graines dans leurs dépotoirs mais qu’elles augmentent aussi la richesse des espèces qui y germent par la suite. Ces résultats sont parus dans la revue Myrmecological News le 31 mai 2016.

Photo de dépotoir de fourmi Messor barbarus © Laurence Berville (UMR IMBE)

 
Les fourmis moissonneuses (Messor barbarus) sont capables d’agir fortement sur leur environnement. Pour se nourrir, elles vont récolter les graines de plantes herbacées sur des distances moyennes de 10 m autour de leur nid. Si certaines de ces graines sont perdues au cours du trajet, beaucoup d’autres finissent dans les dépotoirs qui marquent les entrées des nids. Également constitués des restes non consommés des graines, ces dépotoirs, qui dans la région méditerranéenne se mettent en place entre mars et septembre, peuvent alors constituer des volumes importants avant leur destruction naturelle par les pluies automnales.

Pour cette étude, les chercheurs ont échantillonné en septembre 2012 des dépotoirs de fourmis de la plaine de Crau, entre Arles et Salon de Provence dans le département des Bouches-du-Rhône, pour évaluer la composition et le nombre de graines qu’ils contenaient. Les résultats ont montré que les dépotoirs contenaient significativement plus de graines et plus d’espèces de la végétation de la steppe de Crau que les mêmes volumes de sol échantillonnés là où il n’y avait pas de dépotoir. Cependant, dans ces dépotoirs, les graines ne peuvent pas germer du fait de l’accumulation de matière organique et de la présence de nombreux inhibiteurs de la germination produit par les fourmis. Il faut en effet attendre que les dépotoirs soient détruits naturellement par les pluies automnales pour que les graines qui y étaient stockées atteignent le sol et puissent enfin germer. Une plus grande richesse d’espèces sous la forme de plantules a ainsi pu être mesurée au printemps 2013 confirmant bien ainsi le rôle des fourmis dans la redistribution des plantes. « Quand on sait que chaque nid de fourmis peut contenir jusqu’à 20 000 individus pour une surface de 5m² et qu’un nid est présent tous les 100 m², on peut alors imaginer combien l’action des fourmis a pu être déterminante dans la structuration de la végétation actuelle, peut-être plus que celle des troupeaux qui là pâturent depuis 6000 ans », conclue Thierry Dutoit, chercheur à l’IMBE et co-auteur de l’article.
 
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"Refuse pile turnover by Harvester ants (Hymenoptera : Formicidae) increases seed density and seedling species-richness in dry grasslands", Adeline Bulot, Erick Provost et Thierry Dutoit, Myrmecological News, 31 mai 2016.

Contact chercheur

Thierry Dutoit, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE) - CNRS/Aix-Marseille Université/Université d’Avignon/IRD
Tél. : 04 90 84 38 29
Email : thierry.dutoit@imbe.fr

Contact communication

Vanina Beauchamps-Assali, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE) - CNRS/Aix-Marseille Université/Université d’Avignon/IRD
Tél. : 04 90 84 38 29
Email : vanina.beauchamps-assali@imbe.fr
 
Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/