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Les interactions entre sociétés et biodiversité : une question d’échelle

par Frédéric Magné - publié le

 

Il existe de fortes interactions entre les sociétés humaines et la biodiversité, mais l’effet des sociétés sur la biodiversité et l’effet en retour de la biodiversité sur les sociétés ont été étudiés séparément et à des échelles d’espace et de temps très différentes. Une collaboration internationale à laquelle participe un chercheur de la Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale (CNRS/Université Paul Sabatier) montre que la perte de biodiversité diminue la capacité des écosystèmes à fournir des services aux sociétés, en particulier aux grandes échelles d’espace de temps. Cette étude, qui a récemment été publiée dans Nature, met en lumière l’importance de la prise en compte, dans les politiques publiques, des effets de la perte de biodiversité sur les sociétés.

 

Les principales interactions entre sociétés et biodiversité (a) et les échelles d’espace et de temps où
ces interactions ont été étudiées jusqu’ici (b). ©Forest Isbell

 
L’érosion de la biodiversité résulte de l’extension des activités humaines et risque fort, en retour, de diminuer considérablement les services fournis par les écosystèmes aux sociétés. Limiter la perte de biodiversité est donc indispensable pour assurer la durabilité des sociétés. Mais il reste difficile, à l’heure actuelle, de prédire l’étendue des effets de la perte de biodiversité sur les sociétés, à cause du décalage entre les échelles d’espace et de temps auxquelles ont été étudiés, d’une part, les effets des sociétés sur la biodiversité et, d’autre part, les effets en retour de la biodiversité sur les sociétés. En effet, la perte de biodiversité est bien établie à l’échelle planétaire sur des siècles, tandis que les effets de la biodiversité sur le fonctionnement des écosystèmes et les services qu’ils rendent aux sociétés ont surtout été démontrés dans de petites parcelles expérimentales sur quelques années (Fig. 1).

Les recherches récentes commencent à combler le fossé entre ces connaissances restées largement séparées à cause des échelles différentes auxquelles elles ont été obtenues. D’une part, les données s’accumulent sur les changements de biodiversité à des échelles régionale et locale et les facteurs qui les causent. La dette d’extinction, qui mesure le nombre d’espèces condamnées à l’extinction mais dont l’extinction ne se réalisera que dans l’avenir, fait l’objet d’estimations de plus en plus précises. Il en va de même des dettes qui en découlent liées au fonctionnement des écosystèmes et aux services qu’ils rendent aux sociétés.

D’autre part, de nouveaux développements théoriques et méthodologiques nous permettent aujourd’hui de prédire les effets des changements de biodiversité sur le fonctionnement des écosystèmes et sur les services qu’ils rendent aux sociétés à de plus grandes échelles d’espace et de temps. Ces travaux montrent que la perte de biodiversité porte atteinte au fonctionnement et à la stabilité des écosystèmes, et donc à leur capacité à fournir des services aux sociétés, tout particulièrement aux grandes échelles d’espace et de temps, et où se jouent les décisions de politique publique et de gestion. Ces effets délétères de la perte de biodiversité entraînent des coûts pour les sociétés qui se chiffrent en milliards, voire en milliers de milliards, d’euros à l’échelle globale, pour les quelques services qui ont été évalués.

Le grand défi des politiques publiques et privées est à présent de prendre en compte ces effets de l’érosion de la biodiversité sur les sociétés à un niveau global, sur l’ensemble des échelles d’espace et de temps. La biodiversité doit être considérée, non seulement comme une variable de sortie, mais aussi comme une variable d’entrée dans les scénarios de politique environnementale, y compris dans les scénarios de changement climatique. Seule l’intégration d’une recherche de pointe et de politiques de gestion appropriées nous permettra de maintenir les bénéfices multiples et considérables que tirent les sociétés de la biodiversité pour les générations à venir.
 
 
 class= Référence

"Linking the influence and dependence of people on biodiversity across scales", Isbell F., Gonzalez A., Loreau M., Cowles J., Díaz S., Hector A., Mace G. M., Wardle D. A., O’Connor M. I., Duffy J. E., Turnbull L. A., Thompson P. L. & Larigauderie A., Nature, 31 May 2017 .
 
Contact chercheur

Michel Loreau - Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale (CNRS / Université Paul Sabatier)
E-mail : michel.loreau@cnrs.fr
 
Contact communication

Olivier Guillaume - Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale (CNRS / Université Paul Sabatier)
E-mail : Olivier.GUILLAUME@sete.cnrs.fr
 
 
Source : CNRS INEE http://www.cnrs.fr/inee