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Les mandrills donnent de la voix pour repérer leurs plus proches parents

par Frédéric Magné - publié le

Certaines espèces vivant en groupes utilisent les odeurs ou les sons qu’elles émettent pour repérer les individus qui leur sont proches génétiquement. En évitant ainsi aux frères et sœurs de se reproduire entre eux, ce comportement favorise le brassage génétique au sein de ces populations. Des chercheurs du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (CEFE) et de l’Université de Saint-Etienne sont pour la première fois parvenus à démontrer chez une espèce de primate le rôle crucial des vocalises dans l’identification d’individus apparentés. L’étude publiée le 3 juillet dernier dans Nature Communications révèle également que ces vocalisations sont façonnées par les relations sociales que ces animaux tissent au cours de leur existence.

Deux jeunes mandrills, dans le parc de la Lékédi, au Gabon. © CNRS Photothèque / DELHAYE Claude


Le mandrill (Mandrillus sphinx) est un primate non-humain qui vit notamment dans les forêts de plaine du Gabon. L’espèce est organisée en grands groupes sociaux constitués en majorité de femelles et de leurs petits où les mâles séjournent de manière transitoire. Chacun de ces groupes pouvant compter plusieurs centaines d’individus est lui-même structuré en unités sociales matrilinéaires1 pour l’ensemble desquelles un seul mâle est à l’origine de la plupart des naissances chaque année. « Bien que ces individus issus de matrilignées différentes mais ayant le même père se côtoient tout au long de leur vie, puisqu’ils vivent dans le même groupe social, ils parviennent à éviter des unions entre demi-frères et demi-sœurs qui seraient préjudiciables à leur survie », précise Marie Charpentier, chercheuse au CEFE (CNRS/ Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/IRD) qui suit depuis plus de trois ans une population naturelle de mandrills de la forêt équatoriale gabonaise pour en comprendre la structure sociale. L’étude que la biologiste et son équipe viennent de publier révèle pour la première fois l’implication des sons émis par ces primates dans les mécanismes de reconnaissances sociales permettant justement d’éviter ce genre d’unions consanguines.

Enregistrement de sons émis par des mandrills au réveil, dans le parc de la Lékédi. Cette photo a été réalisée dans le cadre du projet "Mandrillus". © CNRS Photothèque / DELHAYE Claude/span>


Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont enregistré les vocalisations de 36 mandrills mâles et femelles vivant en semi-liberté au Centre international de recherches médicales de Franceville ainsi que dans le parc de la Lékédi, au sud du Gabon. Les chercheurs ont ensuite croisé la structure de ces vocalises avec les données génétiques et le degré de familiarité de chacun des individus. Ils ont ainsi constaté que les singes proches génétiquement émettaient des sons similaires. De manière plus surprenante, les scientifiques ont également remarqué que la familiarité entre les individus façonnait ces vocalisessans que cela n’entrave leur compréhension de la part d’individus apparentés mais ayant grandi dans une autre matrilignée. Dans un second temps, l’équipe a fait écouter ces enregistrements à une dizaine de mandrills vivant en captivité. Bien qu’isolés socialement des populations précédentes, ces individus sont parvenus à discriminer les vocalisations de singes qui leurs étaient apparentés de celles de singes avec lesquels ils ne partageaient aucun lien familial. «  Alors que les vocalisations des primates étaient jusqu’à présent considérées comme innées et immuables, nous avons pu montrer qu’elles dépendaient non seulement de la proximité génétique entre individus mais qu’elles étaient aussi modelées par le degré de familiarité », résume Marie Charpentier.

Note

1 familles de femelles apparentées par la lignée maternelle

A voir aussi : Bakoumba, la forêt des mandrills

 class= Référence

" Social shaping of voices does not impair phenotype matching of kinship in mandrills ", F. Levréro, G. Carrete-Vega, A. Herbert, I. Lawabi, A. Courtiol, E. Willaume, P. M. Kappeler, et M.J.E. Charpentier, Nature Communications, Juillet 2015.

Contacts chercheurs

Marie Charpentier, Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE - CNRS/ Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/IRD)
Tél : 04 67 61 32 68
E-mail : marie.charpentier@cefe.cnrs.fr

Florence Levréro, Institut des Neurosciences Paris Saclay (Neuro-PSI)
Tél : 01 69 82 34 30
E-mail : florence.levrero@univ-st-etienne.fr

Contact communication

Nathalie Vergne, Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE - CNRS / Université de Montpellier / Université Montpellier 3 / EPHE)
Tél. : 04 67 61 32 56
Mél : ComCEFE@cefe.cnrs.fr