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Les musaraignes, plus sociables qu’on ne le pensait

par Frédéric Magné - publié le

L’ordre des Eulipotyphla est constitué à 90 % par des espèces de musaraignes. Ces petits mammifères dont le comportement reste peu étudié, étaient jusqu’à présent considérés comme des animaux solitaires. En passant en revue la littérature scientifique traitant de la sociabilité des musaraignes, une équipe internationale de scientifiques a constaté que les rares espèces observées dans leur milieu naturel vivaient pour la plupart en groupe. Le résultat de cette analyse, publiée le 11 novembre dans Biology Letters, remet en question l’idée, communément admise, que les premiers mammifères apparus il y a plus de 100 millions d’années étaient solitaires. Ces animaux qui ressemblaient étrangement aux musaraignes actuelles pourraient, tout comme certaines d’entre elles, avoir formé des couples monogames.


© Elodie MAGNANOU/Laboratoire Arago/CNRS Photothèque

L’organisation sociale joue un rôle crucial en biologie évolutive puisqu’elle influence à la fois les interactions entre les individus qui forment une espèce et les stratégies de reproduction de ces mêmes individus. Au sein de l’ordre des Insectivores, nommé désormais Eulipotyphla, les biologistes de l’évolution considéraient jusqu’alors que la quasi-totalité de ses représentants, soit près de 445 espèces parmi lesquelles une écrasante majorité de musaraignes, avaient adopté des mœurs solitaires.
Des chercheurs de l’Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien de Strasbourg (IPHC, CNRS / Université de Strasbourg) et de l’Université du Tennessee à Chattanooga (États-Unis) secondés par une stagiaire de l’Université Pierre et Marie Curie de Paris (UPMC) ont voulu vérifier cette hypothèse qui reste sujette à caution. Pour cela, ils ont passé en revue l’ensemble des articles scientifiques traitant de la sociabilité chez les Eulipotyphla. En associant les noms latins des représentants de cet ordre au mot clés « social » dans plusieurs bases de données scientifiques, ils ont pu recenser 21 articles détaillant le comportement de 16 espèces différentes dans leur milieu naturel : « L’analyse détaillée de ces travaux scientifiques révèle que 56% de ces espèces font preuve de grégarisme1 à un moment ou à un autre de leur cycle de vie », explique Mia Valomy, étudiante en 3e année de Licence Sciences de la vie à l’UPMC et principale auteure de l’étude.

Ces résultats font voler en éclat les conclusions d’une étude comparative publiée récemment dans la revue Science affirmant que 99% des espèces de musaraignes étaient solitaires. Le travail de reviewing mené par Mia Valomy et ses collègues démontre également qu’à peine 3% des espèces appartenant à l’ordre des Eulipotyphla ont réellement été observées dans la nature. La nécessité d’enrichir cette base de données via des études de terrain s’intéressant à d’autres espèces semble donc indispensable pour mieux comprendre l’évolution sociale des mammifères placentaires. Car comme le fait remarquer Carsten Schradin, chercheur CNRS à l’IPHC et dernier auteur de l’article : « l’idée selon laquelle l’ancêtre commun de ce foisonnant groupe d’espèces apparu il y a 160 millions d’années avait un comportement solitaire tient au fait que cet animal ressemblait aux musaraignes actuelles.  » S’il ne peut être définitivement exclu que les premiers mammifères étaient solitaires, la possibilité qu’ils aient vécu en couples doit maintenant être envisagée comme une hypothèse alternative.

© Elodie MAGNANOU/Laboratoire Arago/CNRS Photothèque

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(1) Caractère des espèces animales chez lesquelles la vie en groupe persiste en dehors de la période de reproduction

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"Social organization in Eulipotyphla : evidence for a social shrew", M. Valomy, L. D. Hayes et C. Schradin, Biology Letters, Novembre 2015.

Contact chercheur

Carsten Schradin, Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) – CNRS / Univ. Strasbourg
Email : carsten.schradin@iphc.cnrs.fr

Contact communication

Nicolas Busser, Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) – CNRS / Univ. Strasbourg
Tél : 03 88 10 66 66
Email : nicolas.busser@iphc.cnrs.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/