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Les néandertaliens de la grotte de Zafarraya ne sont pas si tardifs !

by Frédéric Magné - published on , updated on

La grotte de Zafarraya, au sud de l’Andalousie, faisait figure de site de référence pour expliquer que le sud de la péninsule ibérique avait servi de zone refuge aux derniers Néandertaliens il y a 30 000 ans, alors qu’Homo Sapiens peuplait déjà le continent européen. De nouvelles datations menées notamment sous la houlette de Véronique Michel, chercheuse CNRS au laboratoire Cultures, Environnements, Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge (CEPAM), viennent de vieillir de façon notable ces fossiles néandertaliens : ils auraient entre 30 000 et 46 000 ans. De quoi remettre en question le scénario même de site refuge…

Cette mandibule néandertalienne fait partie des restes des 9 individus identifiés dans la grotte de Zafarraya, dans la couche moustérienne typique de Néandertal. D’après les dernières datations, elle pourrait être âgée de 30 000 à 46 000 ans. © C. Barroso
 
Pas facile de dater précisément des fossiles vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années. « Entre 30 000 et 50 000 ans, on est dans les limites de la datation au carbone 14 », indique Véronique Michel, chercheuse CNRS au CEPAM-GEOAZUR et co-auteur avec une équipe du CEREGE (Aix-en-Provence) et du Musée d’Archéologie et d’Ethnologie de Lucena (Espagne) d’un article paru dans Quaternary Geochronology. « La moindre contamination des échantillons risque de rajeunir considérablement les fossiles. » Dans le cas des fossiles néandertaliens de la grotte de Zafarraya, les dernières datations au carbone 14 avaient été effectuées il y a presque 20 ans. Depuis, le traitement chimique des échantillons a été amélioré et les techniques d’analyse sont devenues plus précises. « La méthode uranium-thorium (U-Th) et la méthode ESR (résonance de spin électronique), utilisées parallèlement à de nouvelles analyses au carbone 14, ont « vieilli » de façon notable les restes néandertaliens de Zafarraya » indique Véronique Michel.

A noter que les chercheurs n’ont pas pu dater les restes humains eux-mêmes mais des charbons de bois, des os et des dents d’animaux retrouvés dans la couche moustérienne – juste à côté des restes néandertaliens, donc. La datation au carbone 14 (laboratoire d’Oxford) de ces fossiles donne un âge entre 39 000 et 43 000 ans. La méthode U-Th, qui mesure le rapport entre uranium et thorium dans l’échantillon (l’uranium se diffuse dans les restes après enfouissement, est adsorbé dans les fossiles et se désintègre progressivement en thorium au fil du temps), fournit quant à elle des résultats inutilisables : de 5 000 à 60 000 ans ! « Des dissonances probablement dues aux processus géochimiques postérieurs aux dépôts », explique Véronique Michel. En combinant U-Th à la méthode ESR, qui mesure la dose d’irradiation de l’émail des dents par leur environnement (via une accumulation progressive des électrons piégés dans le minéral), il est possible de « corriger » ces aberrations et de fournir une estimation de la présence de Néandertal comprise entre 30 000 ans et 46 000 ans – soit nettement plus que l’âge initialement trouvé.

Des résultats qui questionnent l’âge des derniers néandertaliens en Europe. Et ce, alors que l’arrivée même de Homo sapiens serait elle aussi plus ancienne que prévu... La question de savoir combien de temps les deux espèces ont cohabité demeure donc entière à ce jour.

Références

U-series, ESR and 14C studies of the fossil remains from the Mousterian levels of Zafarraya Cave (Spain) : A revised chronology of Neandertal presence, publié dans Quaternary Geochronology le 9 janvier par Véronique Michel, Doriane Delanghe-Sabatier, Edouard Bard et Cecilio Barroso Ruiz.

Contact chercheur

Veronique Michel, chargée de recherche au CNRS, Laboratoire Cultures, Environnements, Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge (CEPAM), CNRS / Université de Nice Sophia Antipolis
Tél. : 04 89 88 15 35, veronique.michel@cepam.cnrs.fr

Contact presse

John Pusceddu, Responsable du service communication de la Délégation de la Côte d’Azur du CNRS
Tél. : 06 84 09 31 90, john.pusceddu@dr20.cnrs.fr