Accueil > Communication > Newsletter scientifique > Actualités en rapport avec nos thématiques

Montre-moi tes os, je te dirai où tu vis !

par Frédéric Magné - publié le

Pour supporter leur poids, les gros animaux terrestres tels que les éléphants ou les rhinocéros ont des os robustes. Mais il ne s’agit pas de la seule adaptation de leur squelette. Une étude récente, menée par des chercheurs du Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité du laboratoire Mécanismes Adaptatifs et Evolution (MECADEV, CNRS/MNHN) et de l’Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité (ISYEB, CNRS/MNHN/UPMC), vient de mettre en évidence que les os de ces graviporteurs terrestres renfermaient une structure interne caractéristique. Un nouveau lien entre morphologie osseuse et mode de vie qui pourrait bien aider à préciser les habitudes des gros animaux préhistoriques. Ces résultats ont été publiés le 8 septembre 2015 dans la revue Biological Journal of the Linnean Society.


Quand on est une grosse bête et que l’on vit sur terre, il faut des os solides pour soutenir son poids et affronter la gravité. C’est le cas des éléphants et des rhinocéros, essentiellement terrestres, et, dans une moindre mesure, des hippopotames, qui passent une partie du temps sur la terre ferme. Les chercheurs savaient d’ores et déjà que ces animaux massifs, qualifiés de graviporteurs, avaient des os plus épais que la moyenne, mais ils ignoraient quelle en était l’organisation interne. « Après m’être intéressée aux hippopotames, qui ont des os compacts adaptés à un mode de vie semi-aquatique, j’ai voulu savoir ce qu’il en était pour les animaux massifs exclusivement terrestres, si leurs os avaient un structure interne spécifique et caractéristique de leur mode de locomotion et de leur milieu de vie », expose Alexandra Houssaye, paléohistologiste au Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité du laboratoire Mécanismes Adaptatifs et Evolution (MECADEV).

©A. Houssaye

54 humérus, 43 fémurs et 25 côtes de gros animaux terrestres ou semi-aquatiques – appartenant à plus de 50 espèces différentes – ont ainsi été scannés en 3D ou sectionnés afin de décrire leur structure interne. Résultat : chez les graviporteurs terrestres, les os sont caractérisés par un cortex (1) particulièrement épais et renferment non pas une cavité médullaire mais une structure spongieuse, susceptible de supporter les chocs et le poids du corps sur la terre ferme. « Dans le registre fossile, il existe de nombreux animaux massifs comme les mammouths ou les sauropodes (2), souligne Alexandra Houssaye, mais on n’arrive pas du tout à savoir si certaines de ces bêtes, notamment des formes appartenant à la lignée des éléphants ou des rhinocéros, vivaient dans un milieu terrestre ou semi-aquatique. L’objectif de ces travaux est donc d’établir un lien entre morphologie osseuse, structure interne et mode de vie, pour ensuite nous aider à savoir comment les animaux préhistoriques – dont on ne retrouve souvent que des os isolés – se déplaçaient et dans quel milieu ils vivaient. »

©Kayomi Tukimoto

Pour préciser les choses, l’équipe s’intéresse désormais aux rhinocéros. « Avec cet animal, on peut étudier des écologies très variées : les rhinocéros blancs sont terrestres, les rhinocéros de Sumatra beaucoup plus aquatiques, et il y a même des rhinocéros nains, énumère Alexandra Houssaye. Nous allons pouvoir définir des degrés d’adaptation à la graviportalité et au milieu aquatique, qui nous aideront à compléter l’histoire évolutive des lignées fossiles. »

 class= Note

(1) Paroi externe des os qui leur confère rigidité et élasticité
(2) Groupe de dinosaures quadrupèdes herbivores comme les brachiosaures et les diplodocus

 class= Référence

"Biomechanical evolution of solid bones in large animals : a microanatomical investigation", Alexandra Houssaye, Katja Waskow, Shoji Hayashi, Raphaël Cornette, Andrew H. Lee et John R. Hutchinson, Biological Journal of the Linnean Society, 8 Septembre 2015.

Contact chercheur

Alexandra Houssaye, Mécanismes Adaptatifs et Evolution (MECADEV) - CNRS/MNHN
Tél. : 01 60 47 92 00
Email : houssaye@mnhn.fr

Contact communication

Isabelle Hardy, Mécanismes Adaptatifs et Evolution (MECADEV) – CNRS / MNHN
Tél. : 01 60 47 92 30
Email : hardy@mnhn.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/