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Porté par le courant, un petit serpent marin a pu coloniser l’océan tropical

par Frédéric Magné - publié le

Le serpent marin à ventre jaune (Hydrophis platurus) est un reptile pélagique présent dans tout l’océan Indopacifique tropical. Pour parvenir à peupler un si vaste territoire, l’espèce aurait mis à contribution la force des courants marins. C’est ce qu’a voulu vérifier une équipe franco-américaine dirigée par un chercheur du Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CEBC, CNRS / Université de La Rochelle) à l’aide de modèles de circulation des courants océaniques. L’étude, publiée en août dernier dans Biology Letters, montre que des populations de serpents marins peuvent ainsi se déplacer sur des milliers de kilomètres sans mettre en péril leur survie. Ce mode de dispersion s’avère en outre particulièrement efficace lorsque ces individus entament leur périple depuis le probable berceau d’H. platurus. En misant sur une stratégie risquée, l’espèce serait donc parvenue à conquérir une grande partie de l’océan tropical.

Deux Pélamides bicolores s’accouplant à la surface de la mer © Michel Dune

 
Les serpents marins de la famille des Hydrophiinae peuplent la zone tropicale des océans Indien et Pacifique. Ces animaux vivent à proximité des côtes où ils se nourrissent de poissons coralliens. Le serpent marin à ventre jaune (Hydrophis platurus) est l’unique représentant de cette famille de reptiles qui vit en pleine mer. Son aire de distribution qui s’étend à travers tout l’océan Indopacifique tropical est l’une des plus entendue parmi les tétrapodes1 actuels. Comment cette espèce de petite taille incapable de nager sur de très longues distances a-t-elle pu coloniser un territoire aussi vaste ? Depuis plusieurs années, les biologistes marins soupçonnent cette espèce de se laisser porter par les courants océaniques. Afin de tester cette théorie, une équipe franco-américaine a utilisé des modèles de circulation des courants océaniques dans lesquels elle a injecté des particules matérialisant les serpents marins. Une fois les particules introduites en différents points de l’océan, leur progression a été suivie au fil du temps par les scientifiques. « Sachant que le serpent à ventre jaune ne peut survivre plus d’une semaine dans une eau inférieure à 18°C, nous avons pu calculer le taux de survie de chacune de ces population au grès de ses déplacements  », explique François Brischoux, biologiste au Centre d’Etudes Biologiques de Chizé et premier auteur de l’article.

A l’issue d’un voyage de 10 ans, le taux de survie moyen dépasse 10% pour l’ensemble des populations testées ce qui s’avère suffisant pour assurer leur maintien. Pour les populations ayant débuté leur périple au niveau de l’équateur, là où les eaux sont les plus chaudes, le taux de survie est cependant bien plus élevé. Sa valeur maximale, de l’ordre de 55%, est mesurée pour les groupes de particules lâchées à l’ouest des côtes de Papouasie Nouvelle-Guinée. Ce dernier résultat renforce l’hypothèse couramment admise selon laquelle le berceau évolutif de l’espèce serait localisé dans cette zone de l’océan Pacifique. Après 10 années de dérive à travers les océans, certaines de ces particules ont en outre parcouru jusqu’à 100 000 km, soit une distance en ligne droite de près de 20 000 km. « S’il arrive que des individus dérivent et disparaissent dans des zones océaniques trop froides, l’utilisation des courants a malgré tout permis à l’espèce de s’étendre sur plus des 2/3 de la circonférence de la Terre », constate François Brischoux. Ces travaux suggèrent que la population pan-océanique de H. platurus constitue aujourd’hui l’une des espèces de vertébrés les plus abondantes de la planète, démontrant au passage qu’une stratégie de dispersion risquée peut s’avérer payante. Afin d’affiner ces premiers résultats, les chercheurs comptent intégrer à leurs modèles d’étude d’autres paramètres comme le taux de prédation ou la reproduction du serpent marin à ventre jaune. En explorant l’influence du changement climatique sur la dynamique des courants marins, ils veulent enfin vérifier si ce phénomène ne risque pas de mettre en péril la survie de l’espèce.
 
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1 Les tétrapodes forment une superclasse d’animaux vertébrés caractérisés par la présence de deux paires de pattes. Celle-ci regroupe les amphibiens, les oiseaux, les mammifères ainsi que les reptiles.
 
 class= Référence

"Oceanic circulation models help to predict global biogeography of pelagic yellowbellied sea snake",François Brischoux, Cédric Cotté, Harvey B. Lillywhite, Frédéric Bailleul, Maxime Lalire et Philippe Gaspar, Biology Letters le 23 août 2016.
 
Contact chercheur

Francois Brischoux, Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC)
E-mail : francois.brischoux@cebc.cnrs.fr
 
Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/