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Pourquoi les espèces voisines ne mangent pas la même chose

by Frédéric Magné - published on

Les espèces voisines consomment moins souvent les mêmes ressources que les espèces plus distantes. En effet, c’est la compétition pour les ressources, et non leur apparentement qui détermine les sources de nourriture des espèces d’une communauté. Sous l’effet de cette compétition, les espèces proches se sont spécialisées sur des ressources alimentaires différentes. Telle est la conclusion d’une étude menée par des chercheurs du CNRS, du Muséum national d’Histoire naturelle1 et de l’Université d’Exeter (Royaume-Uni). Ces travaux ont été obtenus en étudiant avec un niveau de détail hors du commun les interactions trophiques entre espèces au sein d’une prairie anglaise. Publiés le 20 juin 2013 dans la revue Current Biology, ils permettent de mieux appréhender l’évolution des communautés écologiques à l’heure où certaines sont bousculées par le changement climatique et l’arrivée d’espèces invasives.
 
En écologie, le paradigme actuel considère que les relations de parenté entre espèces détermine l’identité des partenaires avec lesquels les espèces interagissent : plus les espèces sont apparentées, plus elles ont de chances d’interagir avec les mêmes partenaires. Ainsi, d’après cette idée, deux espèces voisines devraient partager les mêmes prédateurs et les mêmes proies. Les récents travaux d’une équipe de chercheurs du CNRS, du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’Université d’Exeter montrent que ceci n’est pas forcément exact. Pour la première fois, les scientifiques révèlent que si l’apparentement entre espèces détermine bien par qui les espèces sont mangées, c’est la compétition pour les ressources, et non le degré de parenté, qui détermine de quoi les espèces se nourrissent.

Pour arriver à cette conclusion, ils ont utilisé une série d’observations menées pendant plus de dix ans dans une prairie du sud-est de l’Angleterre. Réalisées avec un degré de détail extraordinaire, ces observations ont permis d’établir les interactions entre une centaine d’espèces situées sur quatre niveaux trophiques : des plantes (23 espèces), des pucerons se nourrissant de celles-ci (25 espèces), des guêpes qui pondent leurs œufs dans le corps des pucerons (22 espèces), et d’autres guêpes qui pondent leurs œufs dans les larves des guêpes précédentes au sein des pucerons (26 espèces).

Les chercheurs ont montré que deux espèces voisines de puceron par exemple, sont généralement la proie des mêmes espèces de guêpe. C’est donc bien l’apparentement des espèces qui détermine l’identité de leurs prédateurs. En revanche, ces deux espèces de pucerons voisines ne se nourrissent pas forcément des mêmes plantes. En remontant la chaîne alimentaire, les scientifiques ont observé que les guêpes les plus apparentées avaient peu de chances de se nourrir des mêmes espèces de pucerons. Ceci s’explique par le fait que sous la pression de la compétition pour les sources de nourriture, les espèces voisines diversifient leur alimentation, ce qui a pour effet de réduire la compétition. Obtenir cette conclusion a été possible grâce au niveau de détail des observations réalisées, permettant de révéler les dynamiques d’échelle très locale.

À l’heure où le réchauffement climatique déséquilibre les communautés et où de nombreuses espèces envahissent des écosystèmes auxquels elles étaient étrangères, ces conclusions sont à prendre en compte si l’on veut prédire les nouvelles interactions qui résulteront de ces changements. En effet, ces résultats montrent que les ressources consommées par une espèce qui intègre la communauté ne peuvent pas être prédites par ses relations de parenté avec les espèces déjà présentes.


Guêpe parasitoïde pondant un oeuf dans le puceron.© Dirk Sanders

 

Notes :
1Les chercheurs français travaillent au Laboratoire « Origine, structure et évolution de la biodiversité » (CNRS / MNHN) et au Laboratoire « Conservation des espèces, suivi et restauration des populations » (CNRS / MNHN).
  
Référence : 
 
 "Evolutionary history and ecological processes shape a local multilevel antagonistic network", Marianne Elias, Colin Fontaine, F. J. Frank van Veen, Current Biology, 20 juin 2013 

Contact chercheur

Colin Fontaine

Tél : 01 40 79 81 94

colin.fontaine@mnhn.fr

Contact presse

Priscilla Dacher

Tél : 01 44 96 46 06
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr