Supervisory authorities

CNRS

Our LABEX

Our Networks

Search




Visitors logged in: 2


Home > Communication > Scientific newsletter > News in touch with our themes

Première démonstration du rôle de l’épigénétique dans l’hérédité des caractères complexes

by Frédéric Magné - published on , updated on

La génétique des caractères complexes connaît un essor considérable depuis ces dernières années. En effet, avec l’avènement des nouvelles techniques de séquençage du génome, il est dorénavant théoriquement possible d’identifier l’ensemble des différences génétiques existant entre individus, comme celles responsables de la susceptibilité plus ou moins grande aux maladies. Or une étude publiée le 6 février 2014 dans Science met à mal cette vision en apportant pour la première fois la preuve que l’héritabilité des caractères complexes peut reposer sur des variations d’ordre épigénétique et non pas nécessairement sur des variations de la séquence de l’ADN. Ces travaux ont été réalisés dans le cadre d’une collaboration internationale dirigée conjointement par l’équipe de Vincent Colot, directeur de recherche au CNRS à l’Institut de biologie de l’Ecole Normale Supérieure (CNRS/Inserm/ENS Paris) et l’équipe de Frank Johannes à l’Université de Groningen aux Pays-Bas.
 

L’épigénétique est cette nouvelle branche de la biologie qui s’intéresse aux changements d’expression des gènes transmissibles au travers des divisions cellulaires, voire des générations, indépendamment de tout changement de la séquence ADN. L’équipe de Vincent Colot, en collaboration avec deux équipes de l’INRA, a créé il y a plusieurs années une population unique de lignées dites « epiRILs (pour epigenetic recombinant inbred lines) chez la plante modèle Arabidopsis. Ces lignées possèdent toutes un même génome ou presque, mais présentent de très nombreuses différences d’ordre épigénétique tout au long de celui-ci. De fait, de très nombreuses régions du génome peuvent exister dans l’un ou l’autre de deux états stables, méthylé ou non méthylé (la méthylation de l’ADN est une marque épigénétique parce qu’elle est une modification stable qui laisse inchangée la séquence de l’ADN).

Dans la suite de ce travail, les équipes de Vincent Colot et de Frank Johannes, en association avec l’équipe de Patrick Wincker (CEA Génoscope), apportent aujourd’hui la preuve qu’un petit nombre des variations épigénétiques entre lignées sont à elles seules responsables de plus de 90% des différences héritables mesurées entre elles pour deux caractères complexes, le temps à la floraison et la taille de la racine primaire. De plus, les chercheurs montrent que certaines de ces variations épigénétiques sont également retrouvées dans les populations naturelles d’Arabidopsis. Ces observations remettent donc en cause le dogme selon lequel les différences génétiques entre individus sont à rechercher dans la seule séquence de leur génome. De fait, elles apportent un possible élément de réponse au problème de « l’héritabilité manquante » auquel sont confrontées la plupart des analyses de génétique humaine fondées sur l’identification systématique des variations de la séquence ADN entre individus.


Deux epiRILs montrant des différences héritables de floraison (précoce à gauche, tardive à droite) causées par des variations d’ordre épigénétique.


 Référence

"Mapping the Epigenetic Basis of Complex Traits", Sandra Cortijo, René Wardenaar,Maria Colomé-Tatché, Arthur Gilly,Mathilde Etcheverry,Karine Labadie,Erwann Caillieux,Fréderic Hospital,Jean-Marc Aury,Patrick Wincker,François Roudier,Ritsert C. Jansen,Vincent Colot,and Frank Johannes, Science (2014)

Contact chercheurs

Vincent Colot
Institut de biologie de l’Ecole Normale Supérieure (IBENS)
ECOLE NORMALE SUPERIEURE PARIS
46, rue d’Ulm
75230 PARIS CEDEX 05
Mél. : colot@biologie.ens.fr