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Prendre du poids pour conserver son rang

par Frédéric Magné - publié le

Chez les suricates, pour espérer devenir « chef de clan » mieux vaut faire le poids. Les individus les plus gros ont en effet davantage de chance de remporter les combats et d’accéder au rang de mâle ou de femelle dominante. Plus étonnant : les suricates sont capables d’accélérer leur croissance quand leur plus proche concurrent prend un peu trop d’embonpoint et menace de voler leur place dans la hiérarchie. C’est ce que vient de démontrer une équipe internationale composée notamment de chercheurs du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul-Valéry-Montpellier/EPHE). Ces résultats, qui mettent en évidence l’influence majeure que peut avoir l’environnement social sur le phénotype des individus et sont peut-être transposables à d’autres groupes de mammifères, ont été publiés dans la revue Nature.


© Alecia Carter

Chez les suricates, de petits mammifères carnivores vivant dans les déserts d’Afrique australe, les rôles sont bien définis. A la tête du groupe se trouve un couple dominant, un mâle et une femelle qui vont assurer 90 % de la reproduction. Viennent ensuite les individus de second rang, essentiellement la progéniture du couple, qui remplissent différentes fonctions (recherche de nourriture, sentinelle, baby-sitting des jeunes, allaitement…). Mais si chacun a sa mission, tous aspirent à devenir « chef de clan ». « Il existe, dès la naissance, une énorme compétition pour occuper cette place de dominant, raconte Elise Huchard, spécialiste du comportement animal au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive de Montpellier. Il y a de violentes batailles pour accéder à ce rang et on sait que le poids des individus leur donne un avantage décisif dans ces combats ». Le poids est même tellement important chez les suricates que ces derniers sont capables de réguler leur prise de poids en fonction de celui de leurs rivaux.

© Alecia Carter

Pour obtenir la preuve de cette plasticité face au risque de compétition, l’équipe d’Elise Huchard a suivi l’évolution de la masse corporelle de différents juvéniles au sein d’une population de suricates sauvages du Kalahari (Suricata suricatta). Après avoir identifié les deux plus gros mâles, ou les deux plus grosses femelles, de chaque portée, le plus léger des deux a été nourri artificiellement pendant trois mois par les chercheurs. Conséquence pour le plus gros, c’est-à-dire le mieux placé pour accéder au rang de dominant à l’âge adulte : son taux de croissance a subitement accéléré. «  Stimulé par la prise de poids de son "challenger", le plus gros des jeunes suricates va augmenter sa prise alimentaire et prendre du poids naturellement – en moyenne 10 % de sa masse totale – pour maintenir son avantage et ne pas se faire doubler, expose Elise Huchard. Nous avons fait la même expérience avec de jeunes adultes, et obtenu les mêmes résultats. »

Dans un second volet de l’étude, les chercheurs se sont intéressés aux mâles et aux femelles qui connaissent une poussée de croissance secondaire juste après avoir accédé au rang de dominant. «  Il est généralement admis que cette prise de poids augmente la fertilité chez la femelle, rappelle Elise Huchard. Mais de notre côté, nous nous sommes demandés si cela ne pouvait pas être stratégique ». Les chercheurs ont alors pu mettre en évidence que la poussée de croissance secondaire était d’autant plus importante que le dominant et son principal « challenger » étaient proches en poids. Tout se passe donc comme si le suricate dominant creusait l’écart de poids avec son plus dangereux rival afin d’asseoir sa dominance. « Ces résultats suggèrent aussi, poursuit Elise Huchard, que l’important n’est pas forcément d’être très gros, très coloré ou très fort mais probablement d’être capable d’ajuster ses efforts de façon à être juste un peu plus gros, un peu plus coloré ou un plus fort que ses plus proches rivaux. »

© Alecia Carter

 class= Référence

"Competitive 2 growth in a cooperative mammal", Elise Huchard, Sinead English, Matt B V Bell, Nathan Thavarajah and Tim H Clutton-Brock, Nature, 25 mai 2016

Contact chercheur

Elisé Huchard, Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul-Valéry-Montpellier/EPHE
Email : Elise.HUCHARD@cefe.cnrs.fr

Contact communication

Nathalie Vergne, Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) - CNRS/Université de Montpellier/Université Paul-Valéry-Montpellier/EPHE
Tél. : 05 61 55 67 43
Email : comCEFE@cefe.cnrs.fr

Source : CNRS-INEE http://www.cnrs.fr/inee/