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Quand la pêche modifie la personnalité des albatros…

by Frédéric Magné - published on , updated on

On connaît la pression de sélection exercée par l’homme sur certaines espèces chassées ou péchées: les mouflons canadiens, chassés pour leurs cornes, ont vu celles-ci diminuer au fil des années. Christophe Barbraud, chercheur CNRS au Centre d’études biologiques de Chizé, vient de montrer qu’une sélection indirecte pouvait s’exercer sur les prises accidentelles de pêche : régulièrement pris dans les lignes des pêcheries, les albatros des Iles Crozet auraient vu certains traits de comportement se modifier au fil des années.
 

L’activité de pêche dans l’archipel des Crozet, fatale aux albatros pris accidentellement dans les lignes, a-t-elle sélectionné chez ceux-ci certains traits comportementaux ? © Nicolas Gasco
 

C’est la loi de la sélection : un changement durable de leur environnement finit par entraîner des modifications génétiques chez les espèces qui le subissent. L’activité humaine elle-même peut générer un tel processus de sélection. Ainsi, les mouflons canadiens chassés pour leurs cornes ont vu celles-ci devenir plus petites au fil des années et la pêche intensive des plus gros poissons a entraîné la diminution de taille des individus chez certaines espèces : ce sont en effet les plus petits qui restent et se reproduisent en perpétuant ce trait. Christophe Barbraud, coauteur d’un article paru dans PLOS One, constate que l’action de l’homme peut aussi être indirecte : ainsi, les albatros des Iles Crozet (Terres australes et antarctiques françaises) observés depuis les années 60 dans le cadre du programme de l’Institut polaire Paul-Emile Victor auraient vu leur comportement se modifier après l’installation des pêcheries industrielles dans les années 70.

« Les albatros attirés par les bateaux de pêche étaient nombreux à périr dans les lignes », explique Christophe Barbraud. « Résultat, la population est passée de 500 couples dans les années 60 à moins de 250 couples au milieu des années 80. » Mais ce qui ne laisse pas d’étonner les chercheurs, c’est l’augmentation de la taille de la population qui s’en est suivie, alors que la pêcherie n’avait pas cessé son activité, loin s’en faut : on dénombrait en effet 400 couples en 2003. « Quelque chose s’est donc passée chez les albatros, une sélection en réponse à cette situation », explique Christophe Barbraud. Les chercheurs font l’hypothèse que, si moins d’oiseaux se font prendre dans les lignes, c’est que les prises accidentelles de pêche ont provoqué une sélection sur les oiseaux qui diminue leur attirance pour les bateaux de pêche « contrairement aux mouflons ou aux poissons évoqués précédemment, c’est ici un trait de personnalité qui aurait été sélectionné » conclut Christophe Barbraud. 

Références

Fisheries bycatch as an inadvertent human-induced evolutionary mechanism, publié le 10 avril dans PLOS ONE par Christophe Barbraud, Geoffrey N. Tuck, Robin Thomson, Karine Delord et Henri Weimerskirch.
 

Contact chercheur

Christophe Barbraud, Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC) du CNRS, Tél. : 05 49 09 96 14
Mél : christophe.barbraud@cebc.cnrs.fr

Contact presse

Florence ROYER, Responsable de communication de la Délégation Centre Limousin Poitou du CNRS, Tél. : 02 38 25 52 01
Mél :florence.royer@dr8.cnrs.fr