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Quand le mercure empêche la reproduction des mouettes arctiques

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Une équipe de chercheurs franco- norvégiens, parmi lesquels Olivier Chastel, chercheur CNRS au Centre d’études biologiques de Chizé, vient de montrer que les taux élevés de mercure retrouvés chez les mouettes tridactyles du Spitzberg affectaient directement les hormones responsables de la reproduction chez ces oiseaux


En Arctique, la pollution par le mercure, redoutable perturbateur endocrinien, inhibe la nidification des mouettes tridactyles. ©Céline Clément-Chastel CEBC-CNRS 

Bien qu’éloignées des grands centres industriels, les régions arctiques subissent de plein fouet les pollutions d’origine humaine, véhiculées jusqu’au pôle par les vents et les courants marins. Les travaux menés sur une colonie de mouettes tridactyles du Spitzberg par une équipe de biologistes franco-norvégiens, soutenus notamment par l’Institut polaire Paul-Emile Victor, ont relevé de fortes concentrations en mercure chez ces oiseaux et ont montré un effet direct de ce métal lourd sur leur capacité à se reproduire. « On avait remarqué depuis plusieurs années qu’un nombre important de couples ne nidifiaient pas », raconte Olivier Chastel, chercheur CNRS au Centre d’études biologiques de Chizé, « et on soupçonnait ce perturbateur endocrinien bien connu... Notre étude confirme cette intuition ». 

Des prélèvements sanguins ont été effectués sur plusieurs dizaines d’individus avant la nidification et un suivi de ces oiseaux a été assuré pendant toute la période de reproduction. « Chez les individus où les concentrations en mercure sont les plus importantes, on a relevé une chute drastique du taux de LH, l’hormone lutéinique qui stimule les cellules sexuelles dès que les jours rallongent  », raconte Olivier Chastel.

Conséquence : ces oiseaux ne se sont pas reproduits. En poussant leurs investigations, les chercheurs ont mis au jour un véritable effet de cascade : le mercure fait en réalité baisser le taux de GnRH, l’hormone qui contrôle la production de LH, et cette dernière se retrouve donc en plus faible quantité dans le sang... 

« Ces perturbations hormonales ne sont pas une bonne nouvelle pour les oiseaux marins de l’Arctique, qui pâtissent déjà des effets du changement climatique sur leur environnement », déplore Olivier Chastel. Reste désormais à comprendre pourquoi certains oiseaux affichent de plus fortes concentrations de mercure que d’autres… 

Référence : 

"To breed or not to breed : endocrine response to mercury contamination by an Arctic seabird", Sabrina Tartu, Aurélie Goutte, Paco Bustamante, Frédéric Angelier, Børge Moe, Céline Clément-Chastel, Claus Bech, Geir W. Gabrielsen, Jan Ove Bustnes et Olivier Chastel, Biology letters, 29 mai 2013

Contact chercheur

Olivier CHASTEL, Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC) / CNRS
Tél. : 05 49 09 78 37
Mél : olivier.chastel@cebc.cnrs.fr

Contact presse

Florence ROYER, Responsable de communication de la Délégation Centre Limousin Poitou du CNRS
Tél. : 02 38 25 52 01
Mél :florence.royer@dr8.cnrs.fr