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Quand les manchots font la « tortue »

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Pour survivre sur la banquise, au cœur de l’hiver austral, les manchots empereurs forment des groupes compacts ou « tortues ». Des chercheurs révèlent que les manchots s’y déplacent imperceptiblement, selon un modèle proche des embouteillages automobiles.

 


Quand la température frôle les -30 ° et que le blizzard souffle, les manchots empereurs se serrent les uns contre les autres en une formation appelée « tortue ».
© CNRS/DEPE/IPEV


Chaque année, les manchots empereurs mâles réalisent une petite prouesse. Juste après la ponte, et alors que les femelles sont parties pêcher à des centaines de kilomètres de là, ils restent couver le précieux œuf sur la banquise durant plus de soixante jours. Pour résister aux rigueurs de l’hiver austral – jusqu’à -30 °C et des vents pouvant souffler jusqu’à 200 kilomètres/heure –, une seule solution : se serrer les uns contre les autres au sein d’une formation compacte, appelée la « tortue ». Les chercheurs ont montré qu’à l’intérieur d’une tortue, les températures peuvent avoisiner les 37 °C, soit une température proche de la température corporelle du manchot. Néanmoins, ce qui se passait au sein de cette tortue restait encore mystérieux...

Grâce à des vidéos tournées près de la base scientifique française de Dumont d’Urville, en Antarctique, et au travail de modélisation effectué par une équipe de biophysiciens allemands, on en sait désormais plus sur le fonctionnement intime des tortues. Elles bougent imperceptiblement, toutes les demi-minutes environ, selon une onde de propagation proche de ce qui se passe dans les embouteillages automobiles. « Il suffit qu’un individu, situé au centre ou en périphérie de la tortue, se déplace d’un ou deux centimètres, pour que l’ensemble du groupe se mette à bouger. Pour éviter que l’air froid ne s’engouffre, son voisin comble l’espace laissé vacant, et ainsi de suite… », décrit André Ancel, chercheur CNRS au Département d’écologie, physiologie et éthologie de l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien, qui cosigne l’article paru dans le New Journal of Physics.


L’intérêt de ces déplacements incessants est que les individus exposés au froid, sur les bords de la tortue, soient remplacés régulièrement. Mais ce ne serait pas le seul intérêt. Les chercheurs tentent désormais de déterminer si ces « vagues » régulières n’ont pas aussi la fonction de faire tourner l’œuf entre les pattes du mâle, afin que sa température reste homogène (il est exposé à la fois à la chaleur de la poche incubatrice du père et au froid des pattes sur lesquelles il est posé).
 

 Référence

"The origin of traveling waves in an emperor penguin huddle", R C Gerum, B Fabry, C Metzner, M Beaulieu, A Ancel et D P Zitterbart, New Journal of Physics, Dec 2013

Contacts chercheurs

André Ancel
Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) – CNRS / Université de Strasbourg
Tél. : 03 88 10 69 12
Mél. : andre.ancel@iphc.cnrs.fr

Contact communication

Nicolas Busser
Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) – CNRS / Université de Strasbourg
Tél. : 03 88 10 66 66
Mél. : nicolas.busser@iphc.cnrs.fr