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Se plonger dans la vie sociale des requins, une affaire d’échelle spatiale

par Frédéric Magné - publié le

 

Dans un article publié cette semaine dans la revue Royal Society Open Science, le Dr Johann Mourier en post-doctorat au CRIOBE, et en collaboration avec Macquarie University en Australie, a utilisé l’approche des réseaux sociaux pour étudier les interactions sociales chez le requin de Port-Jackson, une espèce de requin endémique de l’Australie qui forme de grandes agrégations lors de la période de reproduction. “Un des points intéressants de cette étude est que nous avons pu montrer pour la première fois que lors de ces rassemblements annuels, ces petits requins benthiques montraient de fortes affinités pour certains individus ” nous confie le Dr Johann Mourier, premier auteur de cette étude. “Les grandes agrégations lors de la période de reproduction représentent une collection non-aléatoire d’individus. Ces requins choisissent les individus avec qui ils préfèrent échanger”.

 

Groupe de requins Heterodontus portusjacksoni sur leur récif de reproduction
Jervis Bay, New South Wales, Australie. (Crédit : Johann Mourier)

 
Les requins ne sont pas reconnus pour leurs caractères sociaux mais les chercheurs se sont intéressés à leur vie sociale dans la région de Sydney en Australie. De nombreux animaux forment des groupes sociaux à des degrés de complexité différents, mais étudier la socialité d’animaux aquatiques de grande taille est indéniablement complexe car il est souvent difficile d’observer leur comportement naturel. Le Fish Lab à Macquarie University avec qui le Dr Mourier a collaboré s’est intéressé à cette problématique depuis plusieurs années en utilisant des marques acoustiques qui identifient les passages des animaux équipés dans la zone de détection de récepteurs (typiquement des hydrophones) disposés dans la Baie de Jervis au sud de Sydney où se ressemblent en nombre les requins de Port-Jackson. En analysant leur présence sur zone, les chercheurs ont pu déterminer quels étaient les individus qui s’associaient et quelle était la durée de ces contacts.

L’article met non seulement en avant le fait que la socialité des requins pouvait être étudiée mais aussi que l’échelle à laquelle ces interactions doivent être mesurées est très importante si l’on veut révéler de vraies interactions. “Il est évident que vous ne pouvez pas avoir une image plausible des interactions sociales si vous collectez des données à une échelle spatiale trop grande.” Explique Johann. “Des interactions sociales n’ont de sens que si elles sont détectées à une petite échelle spatiale qui dépend de l’écologie de l’espèce que vous étudiez. Le requin de Port-Jackson étant un petit requin généralement peu actif, passant de longues heures posé sur le fond en compagnie de ses congénères, il est donc important de mesurer ses interactions à l’échelle de quelques mètres uniquement.

Malgré leur petite taille et leur mode de vie benthique, les requins de Port Jackson effectuent d’impressionnantes migrations”, explique Culum Brown qui dirige le Fish Lab à Macquarie University. En effet, les requins marqués durant la période de reproduction en hiver dans la Baie de Jervis en Galle du Sud, peuvent effectuer des migrations jusqu’en Tasmanie située à plus de 1000 km au sud puis revenir la saison suivante1. “Lorsqu’ils reviennent sur leur récif de reproduction, ils le font avec une précision incroyable. Mâles et femelles retournent exactement sur le même petit récif pour se reproduire année après année ce qui est rare chez les requins” explique Jo Day du Zoo de Taronga à Sydney et partenaire de l’étude. Johann Mourier qui s’intéresse depuis longtemps au développement de la socialité chez les requins conclue d’ailleurs que “ces préférences sociales se sont certainement établi sur le long-terme grâce au fait que ces requins se connaissent à force de revenir sur le même site année après année”.

L’équipe de chercheurs espère que son travail contribuera à une meilleure connaissance des comportements sociaux et des déplacements chez les requins, ainsi qu’à changer l’image généralement négative des requins dans la société.

Les requins Heterodontus portusjacksoni - Port-Jackson, Jervis Bay, Australie.
(Crédit : Johann Mourier)

 
 
 
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1 Complement d’information : Bass N, Mourier J, Day J, Knott N, Guttridge T, Brown C (2017) Long-term migration patterns and bisexual philopatry in a benthic shark species. Marine and Freshwater Research 68(8) : 1414-1421.
 
 class= Référence

"Does detection range matter for inferring social networks in a benthic shark using acoustic telemetry ?", Mourier J, Bass NC, Guttridge TL, Day J, Brown C, R. Soc. open sci., 2017.
 
Contact chercheur

Johann Mourier – Centre de recherche insulaire et observatoire de l’environnement - CRIOBE (CNRS / Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) / Université de Perpignan Via Domitia)
E-mail : johann.mourier@gmail.com
 
 
Source : CNRS http://www.cnrs.fr/inee