Supervisory authorities

CNRS

Our LABEX

Our Networks

Search




Visitors logged in: 6


Home > Communication > Scientific newsletter > News in touch with our themes

Un primate fossile bouscule l’histoire des Lémuriens et des Loris

by Frédéric Magné - published on

Des fossiles découverts en Tunisie remettent en question plusieurs hypothèses sur l’origine des primates à peigne dentaire (lémurs de Madagascar, loris afro-asiatiques et galagos africains). Ces fossiles sont ceux d’un petit primate appelé Djebelemur qui vivait il y a 50 millions d’années environ. Il a été découvert par une équipe franco-tunisienne de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (CNRS/Université Montpellier 2/IRD) et de l’Office national des mines (ONM) de Tunis. D’après les paléontologues, Djebelemur serait une forme de transition menant à l’apparition des primates à peigne dentaire. Or, d’après les données génétiques, ces primates seraient apparus au moins 15 millions d’années plus tôt. Djebelemur remet donc en question les hypothèses avancées par la biologie moléculaire. Ainsi, ces travaux, qui viennent d’être publiés dans Plos One, permettent de reconstruire un chapitre de l’histoire évolutive de cette lignée. En outre, ils pourraient aider à affiner les modèles issus de la génétique.

Les primates à peigne dentaire, appelés aussi strepsirhiniens, regroupent les Lémuriens et les Lorisiformes (petits primates parmi lesquels on trouve les loris et les galagos). Chez ces primates, les dents antérieures de leur mâchoire inférieure, se présentent sous la forme d’un peigne. Celui-ci leur sert avant tout au toilettage, mais aussi, chez certaines espèces, à la préhension des gommes naturelles qui rentrent dans leur alimentation.

Une question cruciale, au cœur des débats entre primatologues, concerne la date d’apparition des primates strepsirhiniens. Les données génétiques récentes font remonter l’origine des lemurs et des loris au tout début de l’Ere tertiaire, juste après la disparition des dinosaures (environ 65 millions d’années). Certains biologistes molécularistes envisagent même une divergence des deux groupes il y a 80 millions d’années. Cependant, les données paléontologiques ne corroborent pas ces hypothèses : le plus ancien fossile de lorisiforme connu date d’il y a seulement 37 millions d’années. Simple lacune du registre fossile ? Les fossiles découverts par l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (CNRS/Université Montpellier 2/IRD) et l’ONM de Tunis laissent penser le contraire : ce sont les modèles issus de la génétique qui seraient à revoir.

Découverts dans les sédiments issus d’un ancien lac dans le Parc naturel de Chambi, en Tunisie, ces fossiles datés d’environ 50 millions d’années, appartiennent à un petit primate appelé Djebelemur (le lémur du Djebel). Celui-ci était un minuscule animal pesant à peine 70g. Il était très certainement nocturne, prédateur d’insectes, et arboricole. Certains de ses caractères morphologiques suggèrent qu’il était un lointain parent des lémurs, galagos et loris. Cependant, il ne disposait pas encore de peigne dentaire aussi spécialisé, mais il présentait une structure dentaire déjà transformée, une ébauche de la dentition antérieure des strepsirhiniens actuels.

Djebelemur apparait donc comme une forme de transition, se situant avant la divergence Lorisiformes-Lemuriformes. L’apparition des primates à peigne dentaire ne serait donc pas aussi ancienne que ne l’avancent les molécularistes. Elle serait postérieure à 50 millions d’années, l’âge du fossile de Djebelemur.

Ce n’est pas la première fois que les données issues de la génétique sont en désaccord avec celles de la paléontologie. Pour de nombreux groupes de mammifères, les généticiens tendent à annoncer des âges d’apparition plus anciens que ceux issus d’une lecture directe des archives fossiles. De plus en plus, la biologie moléculaire cherche à affiner ses modèles en les contraignant par des données fossiles. Dans le cas de l’origine des primates à peigne dentaire, Djebelemur pourrait constituer un jalon important permettant de « remettre à l’heure » l’horloge moléculaire et d’améliorer l’estimation des âges de divergence déduits des phylogénies moléculaires.


Djebelemur martinezi, reconstructions artistiques réalisées à partir des traits d’histoire de vie qui ont pu être déduits de l’étude des nouveaux restes fossiles.
© Laurence MESLIN / CNRS, Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier (ISE-M).


Composites « crâne et mâchoire inférieure » de deux modèles digitaux 3D réalisés à partir de scans surfaciques (par rayons X) d’un crâne de primate actuel à peigne dentaire et des fragments fossiles (maxillaire, mandibule, et oreille interne) attribués à Djebelemur. Echelle : 1 cm.
© Laurence MESLIN / CNRS, Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier (ISE-M).

 

 Référence

"Djebelemur, a Tiny Pre-tooth-combed Primate from the Eocene of Tunisia : a Glimpse into the Origin of Crown Strepsirhines", Laurent Marivaux, Anusha Ramdarshan, El Mabrouk Essid, Wissem Marzougui, Hayet Khayati Ammar, Renaud Lebrun, Bernard Marandat, Gilles Merzeraud, Rodolphe Tabuce, Monique Vianey-Liaud, Plos One, 4 décembre 2013

Contact chercheur CNRS

Laurent Marivaux
Tél. : 04 67 14 49 11
Mél. : Laurent.Marivaux@univ-montp2.fr

Contact presse CNRS

Muriel Ilous

Tél. : 01 44 96 43 09
Mél. : muriel.ilous@cnrs-dir.fr