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Un virus entraîné pour lutter contre les bactéries

par Frédéric Magné - publié le , mis à jour le

Les bactéries aussi sont victimes de virus, les bactériophages. En appliquant les principes de l’évolution darwinienne, des chercheurs CNRS ont entraîné ces phages afin de les rendre plus efficaces contre Pseudomonas aeruginosa, une bactérie responsable de graves infections nosocomiales.


En haut, une population de bactéries complètement résistantes aux phages.
En bas, une population de bactéries attaquées par des super-phages. © Alex Betts

 

Quasiment abandonnée après la découverte de la pénicilline et des antibiotiques, la recherche sur les virus bactériophages (ou phages) reprend du galon, et ce alors que les cas de bactéries résistantes aux antibiotiques se multiplient – notamment dans le milieu hospitalier. Mais comment être certain que ces virus qui infectent uniquement les bactéries les déciment à coup sûr ? Des chercheurs CNRS de l’Institut de l’évolution, à Montpellier, ont eu l’idée d’appliquer les principes de l’évolution darwinienne et de donner aux phages un avantage de départ par rapport aux bactéries. Leur plan : faire évoluer les phages artificiellement, et leur permettre ainsi de perfectionner leurs armes contre les bactéries.

Une souche de la bactérie la plus répandue à l’hôpital, Pseudomonas aeruginosa, a été utilisée. Elle a été mise au contact de différents phages dans un premier pétri. Au bout de quelques heures à peine, les virus s’étaient multipliés et par le jeu des mutations génétiques, seuls les phages les mieux adaptés à leur hôte (la bactérie) avaient prospéré. Problème : la bactérie aussi évolue au contact du phage et améliore ses défenses… L’opération a donc été renouvelée six fois de suite : à chaque fois, les chercheurs ont utilisé la dernière génération de phages, qu’ils ont mise au contact de la souche bactérienne de départ, inchangée. Résultat : ils ont obtenu des « supervirus », capables de faire des ravages chez Pseudomonas aeruginosa.


Les premières applications ne devraient pas tarder : « nous sommes déjà en contact avec le Centre scientifique et technique du bâtiment afin de tester des produits désinfectants qui pourraient permettre d’éliminer cette bactérie très répandue dans l’environnement hospitalier », indique Michael Hochberg, biologiste à l’Institut des Sciences de l’évolution de Montpellier et co-auteur de l’article paru dans Evolutionary Applications.Des traitements destinés aux malades eux-mêmes pourraient suivre, mais le temps de développement est beaucoup plus long…

 Référence

"Back to the future : Evolving bacteriophages to increase their effectiveness against the pathogen Pseudomonas aeruginosa", Alex Betts, Marie Vasse, Oliver Kaltz et Michael E. Hochberg, Evolutionary Applications, 2013
 

Contacts chercheurs

Michael Hochberg

Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM) - CNRS / Université Montpellier 2 / IRD
Tél. : 04 67 14 36 67
Mél. : michael.hochberg@univ-montp2.fr

Contact communication

Valérie Durand
Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM) - CNRS / Université Montpellier 2 / IRD
Tél. : 04 67 14 46 15
Mél. : valerie.durand@univ-montp2.fr