Supervisory authorities

CNRS

Our LABEX

Our Networks

Search




Visitors logged in: 18


Home > Communication > Scientific newsletter > News in touch with our themes

Une fourmi qui permet à sa plante hôte de grandir, fleurir et fructifier

by Frédéric Magné - published on , updated on

Dans l’association mutualiste tripartite entre une plante, une fourmi et un champignon, suralimenter des fourmis déclenche une production plus importante de feuilles, de fleurs et de fruits de la part de la plante hôte. Ces résultats démontrent l’intérêt de caractériser l’ensemble des bénéfices perçus par les partenaires et mettent en avant l’importance des échanges nutritifs dans les mutualismes dits « de protection » entre plantes et fourmis. Ils ont été obtenus dans le cadre d’une étude conduite en Guyane française par des chercheurs du CNRS, de l’IRD, du Cirad et de l’Université Paul Sabatier de Toulouse.
 


Pièges élaborés par les fourmis Allomerus decemarticulatus sur la plante Hirtella physophora. Une sauterelle a été capturée, attirant la convoitise de deux guèpes qui ont été capturées à leur tour.
© Alain Dejean
 
Hirtella physophora est une plante tropicale myrmécophyte : elle abrite, au sein de poches foliaires, une espèce de fourmis du genre Allomerus. Cette association met en œuvre un mutualisme tripartite qui permet à la plante d’être protégée des insectes phytophages. Les fourmis capturent ces grosses proies dans des pièges qu’elles élaborent à la surface de la plante, à partir d’un champignon ascomycète.

Des travaux de cette équipe avaient déjà permis de démontrer que le champignon joue un rôle dans les transferts d’éléments minéraux depuis les déchets des fourmis vers la plante. La fourmi permet ainsi à la plante d’absorber des nutriments et favorise la croissance de celle-ci. On parle de myrmécotrophie.

Dans une expérience pilotée en Guyane française par Alain Dejean, chercheur à l’UMR Ecofog, l’équipe de chercheurs a entrepris de suralimenter des fourmis du genre Allomerus pendant neuf mois avec des insectes préalablement capturés. Le site choisi pour cette expérience était le haut d’une colline dans la forêt primaire près de la station scientifique de terrain de Petit-Saut, Sinnamary.

Ils ont alors observé, d’une part, une surproduction de reines ailées et, d’autre part, une croissance augmentée au niveau de la plante. De nouvelles feuilles sont apparues à la base desquelles des poches ont permis de loger les reines ailées fraîchement produites, avant qu’elles ne s’envolent pour fonder de nouvelles colonies. Cette étude montre aussi que ce processus de suralimentation des fourmis a été accompagné d’une augmentation du nombre de fleurs et de fruits sur la plante ; de plus, proportionnellement, davantage de fleurs ont donné des fruits. Les nutriments reçus par la plante, qui proviennent des déchets issus de l’alimentation des fourmis, ont favorisé cette croissance et cette capacité reproductive, sans que leur production n’implique de coût pour les fourmis.

Cette étude illustre l’importance de la myrmécotrophie dans les mutualismes plantes-fourmis, particulièrement en milieu tropical où les sols sont généralement pauvres. 

A lire :
Comment les fourmis construisent des pièges pour attirer leurs proies ?
Plante, fourmis et champignon, un ménage à trois en forêt tropicale

Références

Predation Success by a Plant-Ant Indirectly Favours the Growth and Fitness of Its Host Myrmecophyte, Alain Dejean, Jérôme Orivel, Vivien Rossi, Olivier Roux, Jérémie Lauth, Pierre-Jean G. Malé, Régis Céréghino, Céline Leroy, publié dans PLOS ONE, volume 8, issue 3

Contact chercheur

Alain Dejean, Unité mixte de recherche « Ecologie des forêts de Guyane / ECOFOG », AgroParisTech, Inra, Cirad, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane, alain.dejean@wanadoo.fr

Jérôme Orivel, Unité mixte de recherche « Ecologie des forêts de Guyane / ECOFOG », AgroParisTech, Inra, Cirad, CNRS, Université des Antilles et de la Guyane, jerome.orivel@ecofog.gf

Contact presse

Gaëlle Fornet, CNRS Guyane, gaelle.fornet@cnrs-dir.fr, Tél : 05 94 32 92 15