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Une grenouille de 40 millions d’années livre ses secrets

by Frédéric Magné - published on , updated on

Passée au scanner par une équipe internationale de scientifiques, dont deux chercheurs CNRS, cette « momie » de grenouille conservée dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle a révélé un crâne et un squelette en grande partie intacts. Une belle surprise qui a permis d’estimer l’âge du batracien – entre 34 et 40 millions d’années – et de résoudre une énigme paléontologique.

Agée d’environ 40 millions d’années, cette « momie » de grenouille de l’espèce Thaumastosaurus gezei est vraisemblablement apparentée à un groupe africain de batraciens. © Renaud Boistel


C’est un magnifique caillou exposé dans la galerie de paléontologie du Muséum d’Histoire naturelle. Trouvée au 19e siècle dans les Phosphorites du Quercy, cette « momie naturelle », ainsi qu’on a coutume d’appeler les fossiles préservant la forme externe de l’animal, restait muette quant à sa classification et à son âge exact. « A l’époque, les fossiles de différents gisements ont été mélangés, ce qui rendait impossible la datation », explique Jean-Claude Rage, chercheur CNRS au département Sciences de la Terre du Muséum d’Histoire naturelle. Il a donc été décidé d’utiliser un scanner à rayons X afin d’en savoir plus sur le batracien. « Personnellement, je craignais que l’intérieur soit complétement détruit, confie le chercheur, mais c’est au contraire un crâne et un squelette largement intacts qui sont apparus sur l’image en 3D. »

A la grande surprise des scientifiques, le crâne de la momie est identique à celui, déjà connu dans le registre fossile, d’une autre grenouille ancienne, Thaumastosaurus gezei, provenant également des Phosphorites du Quercy et datée entre 40 et 34 millions d’années. « On avait l’âge et l’espèce de la momie… Seul problème : sa ceinture pectorale et sa colonne vertébrale, typiques des ranoïdes, ou grenouilles communes, ne correspondaient pas au scénario précédemment élaboré sur Thaumastosaurus », raconte Jean-Claude Rage.

Auparavant, seul le crâne de Thaumastosaurus gezei était connu, et sur cette base, les chercheurs avaient conclu que l’espèce était apparentée à un groupe de grenouilles typiquement sud-américain, les cératophryidés. Or, pour passer en Europeles grenouilles avaient forcément traversé l’Amérique du Nord, où l’on n’en trouve pourtant aucune trace fossile... « Grâce aux informations fournies par la momie, on sait désormais que Thaumastosaurus est plus certainement apparentée à un groupe africain de ranoïde », conclut le paléontologue. C’est la deuxième surprise de cette étude : car, si on connaissait l’existence d’échanges fauniques entre l’Afrique et l’Europe à cette période, on n’avait jamais établi que des grenouilles avaient fait le voyage…

 Référence

"A Re-Interpretation of the Eocene Anuran Thaumastosaurus Based on MicroCT Examination of a ‘Mummified’ Specimen", Fabien Laloy, Jean-Claude Rage, Susan E. Evans, Renaud Boistel, Nicolas Lenoir et Michel Laurin, Plos One, Septembre 2013

Contact chercheur

Michel Laurin
Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements,CNRS / MNHN / UPMC
Tél. : 01 40 79 34 68
Mél : michel.laurin@upmc.fr


Contact communication

Angelina Fernandes-Bastos
Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements,CNRS / MNHN / UPMC
Tél. : 01 40 79 30 52
Mél : palsec@mnhn.fr